DIEGO
Des iMessagers.
LE CHŒUR, formé de la suite des deux frères.
Les Anciens de Messine, personnages muets.
Le théâtre représente une vaste salle soulenne par des colonnes. A droite et à gauche il y a une entrée. Dans le fond, une grande porte conduit à une chapelle.
DONA ISABELLE, en grand deuil. Les anciens de Messine sont debout autour d'elle.
ISABELLE. C'est la nécessité, et non ma propre impulsion, qui m'amène vers vous, vénérables citoyens de celte ville, qui me force à quitter mes appartements retirés pour découvrir mon visage aux yeux des hommes ; car il convient à la veuve qui a perdu In gloire et la lumière de sa vie de s'envelopper de vêtements sombres, et de se dérober aux regards du monde. Maisla voix impérieuse et''.aexible des circonstances me ramène aujourd'hui /ers la lumière et le monde, dont je me suis sép?" e.
La lu* ti n'a pas encore renouvelé deux fois son dis-, que lumineux depuis que j'ai conduit dans la demeure du repos mon royal époux, qui gouvernait cette ville avec fermeté, et de sa main puissante nous défendait contre les ennemis qui nous entourent. Il est moil, mais son esprit anime encore une couple de héros, ses deux fils, orgueil de ce pays. Vous les avez vus au milieu de vous grandir et se développer; mais avec eux , se développait le eerme fatal et mystérieux d'une haine m. 23
fraternelle qui, après avoir détruit la joyeuse concorde de leur enfance, a pris avec les années un caractère terrible. Jamais je n'ai pu jouir de leur union. Tous deux, ce sein les a nourris, je leur ai donné à tous deux les soins de mon amour, et je sais que dès leur enfance tous deux me sont également attachés. C'est là le seul point où ils sont d'accord; pour le reste, il» sont divisés par une discorde sanglante.
Tant qu'a duré le gouvernement redouté de leur père, U domptait par sa sévère justice leur bouillante ardeur, il courbait sous un joug de fer leur esprit opiniâtre. Ils ne devaient pas approcher l'un de l'autre avec des armes, ni passer la nuit sous le même toit. C'est ainsi qu'un ordre ferme et puissant empêchait la violente explosion de leur féroce nature ; mais il laissait la haine subsister tout entière au fond de leur cœur. L'homme fortdédaigne d'arrêter la source légère, parce qu'il peut opposer une digue au torrent.
Ce qui devait arriver arriva. Quand la mort eut fermé ses yeux, quand ses fils ne furent plus subjugués par sa main puissante, leur vieille haine éclata comme la flamme du brasier éclate quand elle n'est plus contenue. Je vous dis là ce dont vous avez tous été vousmêmes les témoins. Messine se divisa ; la lutte fraternelle rompit les liens sacrés de la nature et enfanta la discorde générale. Le glaive fut tiré contre le glaive, la ville devint un champ de bataille, et ces salles mêmes furent arrosées de sang.
Vous avez vu les liens de l'État brisés, et mon cœur aussi est intérieurement brisé. Vous n'avez senti que les souffrances générales, et vous vous êtes peu inquiétés des douleurs d'une mère. Vous êtes venus à moi, et vous m'avez dit ces dures paroles : a Tu vois que la discorde de tes fils amène la guerre civile dans cette cité, qui ne peut résister que par la concorde aux voisins ennemis qui l'entourent. Vois, tu es leur mère, comment tu peux apaiser la haine sanguinaire de tes
fils. Que nous importe, à nous, hommes paisibles, cette rivalité de nos maîtres? Devons-nous périr, parce que tes fils sont furieux l'un contre l'autre? Nous pourrons bien nous diriger sans eux et nous soumettre à un autre prince qui voudra notre bien et qui pourra le faire. »
Voilà ce que vousavez dit, hommes durs et sanspitir. Vouf n'avez songé qu'à vous et à votre ville, et vous avez rejeté le poids des malheurs publics sur ce cœur déjà assez opprimé par les chagrins et les angoisses maternels. J'ai entrepris, mais sans beaucoup d'espoir, ce que vous désiriez; je me suis jetée, l'âme déchirée, entre ces deux furieux, et je les ai rappelés à la paix. Sans crainte, sans relâche, sans découragement, j'ai agi auprès d'eux jusqu'à ce que mes sollicitations maternelles aient obtenu d'eux qu'ils viendraient paisiblement dans cette ville de iNIessine, dans le palais de leurs pères, et qu'ils se rencontreraient sans faire éclater leur inimitié, chose qui n'était pas arrivée depuis la mort de leur père. C'est aujourd'hui qu'ils doivent se voir. J'attends à chaque instant le messager qui doit m'annoncerleur arrivée. Soyez donc prêts à recevoir vos princes avec soumission, comme il convient à des sujets. Ne songez qu'à remplir vos devoirs et laissez-nous prendre soin du reste. La haine de mes fils perdrait ce pays et les perdrait eux-mêmes. S'ils sont réconciliés, unis, ils ont assez de force pour vous défendre contre le monde entier et pour maintenir leurs droits contre vous. {Les anciens s'éloignent en silence la main sur leur cœur. Isabelle fait signe à un vieux serviteur qui reste