ACTE 1, SCÈNE IV
Il est à Sarnen dans son château, et, du haut de sa forleresse imprenable, il se rit de voire impuissante fureur.
MELCHTiiAL. Et quand il demeurerait dans les palais de glace du Schreckhorn, ou plus loin encore dans les nuages éternels où se cache le Jungfrau, je m'ouvrirai un chemin jusqu'à lui; avec vingt jeunes hommes résolus comme moi, je renverserai sa forteresse. Et si personne ne veut me suivre ; si, tremblant pour vos cabanes et vos troupeaux, vous vous courbez sous le joug de la tyrannie, j'appellerai les bergers de la montagne, et là, sous la libre voûte du ciel, là oii la pensée n'a pas encore été altérée, où lecœur est resté pur, je leur raconterai cette épou\antable cruauté.
STAi'FFACHER, à Walther Furst. Le mal est à son comble... Voulons-nous attendre jusqu'à l'extrémité?
MELCHTHAL. Quelle extrémité avons-nous encore à craindre, quand la prunelle des yeux n'est même plus en sûreté dans son orbite? Sommes-nous donc sans défense? Pourquoi avons-nous appris à tendre l'arbalète et à manier la hache pesante? Chaque créature trouve un moyen de défense dans l'angoisse du désespoir : le cerf épuisé s'arrête, et montre à la meute son bois redoutable; le chamois entraîne le chasseur dans l'abîme; le bœuf lui-môme, ce docile serviteur domestique de l'homme, qui courbe patiemment sa large tête sous notre joug, se relève si on l'irrite, agite sa corne puissante, et lance son ennemi dans les airs.
"WALTHER FURST. Si Ics trois caulous pensaient comme nous trois, nous pourrions bien faire un effort.
STAiTFACiiEu. Si Uri appelle, si Unterwald promet son secours, Schvvitz sera fidèle aux anciens liens.
MELCHTHAL. J'ai bcaucoup d'amis dans Unterwald, et chacun expose avec joie son sang et sa vie, s'il se sent appuyé, protégé par un autre. 0 vénérables pères de cette contrée, me voilà jeune homme entre vous qui avez tant d'expérience ; je devrais garder un modeste