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ACTE II, SCÈNE II

éclairer ceux qui viennent. [Deux homme& s'éloignent.)

i^EWA. Nous avons un beau clair de lune ; le lac est uni comme une glace.

BUHEL. Ils auront une traversée facile.

"WiNKELRiED, montrant le lac. Ah ! regardez, regardez là : ne voyez- vous rien?

MEiER. Quoi donc? Oui vraiment, un arc-en-ciel au milieu de la nuit.

MELCiiTHAL. Il est formé par la clarté de la lune.

FLUE. C'est un signe rare et merveillcux.il y a beaucoup de gens qui ne l'ont jamais vu.

SEWA. Il est double, voyez-vous ; il y en a un plus pâle autour.

BAEMGARTEN. Voici uuc barquc qui passe dessous cet arc.

MELCHTHAL. C'cst Stauffachcr avec son canot; le brave homme ne se fait pas longtemps attendre. (// va avec Baumgarten vers le rivage.)

MEIER. Ce sont les gens d'Uri qui tardent le plus longtemps.

BLiiEL. Il faut qu'ils fiissent un long détour dans la montagne pour échapper aux gens du gouverneur. {Pendant ce temps deux hommes ont allumé un feu au milieu de la scène.)

MELCHTHAL, sur le rivage. Qui est là? Le mot d'ordre?

STAiTFACHER. Amis de la patrie ! (Tbws vont au fond du théâtre au-devant des arrivants ; on voit sortir de la barque Stauffacher, Itel Beding, Hans de Mauer, Jorxf de Hofe, Conrad Hunn, llbnch de Schmidt, Jost de Weiler et trois autres habitants. Tous sont aussi armés.)

TOUS ENSEMBLE. Soycz les bicnvcnus ! [Tandis que les autres s'arrêtent au fond du théâtre et se saluent, Melchthal s'avance avec Stauffacher.)

MELCHTHAL. Ah ! Stauffachcr, je l'ai vu celui qui ne peut plus me voir; j'ai posé la main sur ses yeux, j'ai puisé un ardent sentiment de vengeance dans le rayon éteint de ses regards.

STALTFACHER. Nc parle pas de vengeance ; il ne s'agit point de venger le mal qui a éié fait, mais de prévenir celui qui nous menace. Maintenant dites-moi ce que vous avez fait dans le pays d'Unlerwald ; qui vous avez recruté pour la cause commune ; ce que pensent vos compatriotes, et comment vous avez échappé voiisniême aux embûches de la trahison.

MELCHTHAL. A travcrs ces montagnes effroyables de Sarnen, sur les vastes déserts de glaces où l'on n'entend que le cri du vautour, des agneaux, je suis parvenu jusqu'au pâturages des Alpes, où les bergers d'Uri et d'Engelberg se saluent de loin par leurs cris, et font paître ensemble leurs troupeaux ; j'ai apaisé ma soif avec l'eau des glaciers qui coule et bouillonne dans les crevasses. Je me suis arrêté dans le chalet solitaire ; aucun hôte n'était là pour me recevoir; puis je suis arrivé dans les habitations des hommes. Le bruit de l'atrocifé nouvellement commise était déjà parvenu dans ces vallées, et à chaque porte où j'ai frappé, mon malheur m'a valu un honorable accueil. J'ai trouvé toutes les âmes révoltées des nouveaux .ictes de violence ; car de môme que les Alpes nourrissent les mêmes plantes, que les sources coulent au même lieu, les nuages mêmes et les vents suivent invariablement la même direction, de môme les mœurs anciennes se sont transmises des ancêtres à leurs petils-fils, et dans le cours uniforme des vieilles habitudes ils ne supportent pas la nouveauté téméraire. — Ils m'ont tendu leurs mains vigoureuses; ils ont détaché de la muraille les épécs rouillées ; un sentiment de courage a éclaté gaiement dans leurs regards, lorsque je leur ai dit les noms chers aux habitants des montagnes, le vôtre et celui de Wallher Furst; ils ont juré défaire tout ce qui vous semblerait juste, ils ont juré de vous suivre jusqu'à la moit. C'est ainsi que, sous la protection sacrée de l'hospitalité, j'ai suivis ma route de chalet en chalet ; et lorsque je suis arrivé dans la vallée natale,

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