‹ ThéâtreChapitre 245 sur 286 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

OÙ j'ai un grand nombre de parents, quand j'ai retrouvé mon père aveugle et dépouillé, couché sur la paille et vivant de la compassion des hommes bienfaisants...

STAUFFACHER. Dieu du cicl !

MELCUTHAL. Je n'ai pas pleuré, je n'ai pas perdu par d'impuissantes larmes la force de mon ardente douleur; je l'ai renfermée au fond de mon âme comme im trésor précieux, et je n'ai pensé qu'à agir. J'ai passé par tous les sentiers tortueux de la montagne; il n'y a pas une vallée si cachée où je ne sois entré. J'ai cherché les cabanes habitées jusqu'au pied des glaciers, et partout où j'ai porté mes pas j'ai trouvé la même haine pour la tyrannie ; car l'avarice des gouverneurs élcnd ses larcins jusqu'aux dernières limites de la nature animée, jusqu'aux lieux où le sol refuse de produiie. J'ai par mes paroles mordantes échauffé l'esprit de ces braves gens, et ils sont à nous de cœur comme de bouche.

STAUFFACHER. En pcu de temps vous avez fait de grandes choses.

MELCHTHAL. J'ai fait plus encore. Ce que le paysan craint le plus, ce sont les deux forteresses de Rossherg et de Sarnen ; car derrière ces remparts de rochers notre ennemi trouve un asile et tourmente la contrée. J'ai voulu les juger par mes propres yeux; j'ai élé à Sarnen, et j'ai vu la forteresse.

STAUFFACHER. Vous avcz osé pénétrer jusque dans le, repaire du tigre ?

MELCHTHAL. J'étais déguisé sous un habit de pèlerin. J'ai vu le gouverneur se livrer à la débauche... Jugez si je puis maîtriser mon cœur : j'ai vu mon ennemi et je ne l'ai pas tué!

STAUFFACHER. En vérité la fortune a favorisé voire témérité. [Pendant ce temps les autres conjurés s'avancent et se rapprochent de S tau /fâcher et de MeUhthnl.) 'Mais, dites-moi, qui sont ces amis, ces hommes jusics

qui VOUS ont suivis. Faites-les-moi connaître, afin que nous nous rapprochions l'un de l'autre avec confiance et que nos cœurs s'entendent.

WEiER. Qui ne vous connaît pas, maître StaufTacher, dans les trois cantons ? Je suis Meicr de Sarnen, et voici le fils de ma sœur, Ulrich de Winkelried,

STAUFFACHER. Vous ne me dites là aucun nom inconnu. C'est un Winkelried qui tua le dragon dans le marais de Weilcr et qui perdit la vie dans ce combat.

"WINKELRIED. C'était mou aïeul, maître Werner.

MELCiiTiiAL, montrant deux de ses compagnons. Ceuxlà habitent de l'autre côté d'Unlerwald. Ils sont vassaux du cloître d'Engelbcrg. Vous ne les mépriserez point parce qu'ils ne sont pas indépendants comme nous et propriétaires libi-es de leur héritage. Ils aiment leur pays, et jouissent, du reste, d'une bonne renommée.

PTAi'FFAGiiER, à CCS deux vassûux. Donnez-moi la main. Heureux celui qui n'est dans la dépendance de personne ; mais la droiture honore chaque condition.

CONRAD îiuNN. Voici maître Reding, notre ancien laodamman.

MEiER. Je le connais bien ; c'est mon adversaire, il plaide contre moi pour un ancien héritage. — Maître Reding, nous sommes en discorde devant le tribunal, ici nous sommes unis. (// lui secoue la main.)

STAL'FFACHER. C'cst bien dit.

WINKELRIED. Écoutcz, ils viennent. Entendez-vous la corne d'Uri ? {A droite et à gauche on voit decsendre du haut desrochei'S des hommes armés, avec des torches.)

MAUER. Voyez; n'est-ce pas le pieux serviteur de Dieu, le digne pasteur lui-même qui descend avec eux ? II ne craint ni la fatigue du chemin ni l'obscurité de la nuit, le fidèle pasteur, lorsqu'il s'agit de prendr'^ soie de son troupeau. Raumgarten Sigrist le suit et Walther Furst ; mais je n'aperçois pas Tell dans la foule {Walther Fiirst, Bosselmann,curé d' Uri, Kuoni, leberger^

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