‹ ThéâtreChapitre 250 sur 286 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

devoirs et le respect que nous lui devons ; s'il nous voit rester sans de justes linjites, peut-être la prudence politique lui fera-t-elle surmonter sa colère; car un peuple qui, le glaive à la main, sait se modérer, éveille une crainte légitime.

r.EDiNG. Mais écoutez : comment en venir là ? Notre ennemi est armé, et sans doute il ne cédera pas sans combattre.

STAUFFACHER. 11 cédera, s'il voit que nous avons aussi des armes, si nous le surprenons avant qu'il ait fait ses préparatifs.

MEiER. Cela est bientôt dit, mais difficile à exécuter. Il y a là dans le pays deux forteresses qui protègent Tennemi, et deviendraient très-redoutables si le roi arrivait dans la contrée. Il faut se rendre maître de Rossberg et de Sarnen avant de tirer un seul glaive dans les trois cantons.

STAUFFACHER. Si l'on tarde longtemps, l'ennemi sera prévenu, et trop de gens seront dans le secret.

MEIER. Dans les trois cantons il n'y a pas de traître.

LE CURÉ. On peut être Irabi par le zèle même le plus droit.

WALTHER FURST. Si l'ou tarde encore, l'édifice d'Altdorf s'achèvera, et le gouverneur ira s'y fortifier.

MEiER. Vous pensez à vous...

siGRiST. Et vous, vous êtes injustes.

MEIER, se levant. Nous, injustes ! Les gens d'Url osent le dire !

REDiNG. Au nom de votre serment, silence !

MEIER. Oui, si Schwitz s'entend avec Uri, il faut bien nous taire.

REDING. Je dois vous réprimander devant toute l'assemblée de troubler la paix par votre violence. Ne sommes-nous pas tous réunis pour la même cause?

wiNKELRiED. Nous pourrious attendre jusqu'à la fête du gouverneur ; c'est la coutume alors que tous les vassaux aillent au château lui porter des présents. Dix ou

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douze hommes pourraient bien se rassembler là sans exciter (le soupçons; ils apporteraient secrètement des pointes de fer qu'ils pourraient placer très-vite au bout de leurs bâtons ; car personne n'entre au château avec des armes. Le gros de la troupe se tiendrait près de là, dans la forêt ; quand les autres seraient parvenus à s'emparer de la porte, ils sonneraient de la trompe, tous sortiraient alors de leur embuscade, et la forteresse serait facilement à nous.

MELCHTUAL. Je me charge d'entrer dans Rossberg. Une jeune Glle du château m'a montré de l'affection : je peux lui persuader de me tendre une échelle pour lui faire une visite nocturne. Une fois là je ferais entrer mes amis.

REDiNG. La volonté de tous est-elle que l'on diffère l'exécution? {La majorité lève la main.)

STAUFFACHER comptc les voix. Il y a vingt voix contre douze.

"WALTHER FURsT. Dès qu'à un jour marqué les forteresses seront tombées en notre pouvoir, nous donnerons le signal d'une montagne à l'autre en allumant des feux. Le peuple se rassemblera aussitôt dans le principal lieu du canton, et lorsque les gouverneurs verront que nous sommes bien décidés à faire usage de nos armes, croyez-moi, ils ne tenteront pas de combattre, et accepteront volontiers un sauf-conduit pour sortir de nos frontières.

STAUFFACHER. Je craius seulement les forces de Gessler. Il est entouré d'une troupe terrible, et n'abandonne pas le champ de bataille sans effusion de sang ; et même s'il est chassé, il sera encore redoutable pour notre pays. Il est difficile et presque dangereux de l'épargner.

BAUMGARTEN. Placcz-moi au lieu où l'on court risque de laisser sa tête; j'exposerai volontiers pour ma patrie cette vie que Guillaume Tell a sauvée. J'ai défendu mon honneur, mon cœur est coulent.

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