‹ ThéâtreChapitre 256 sur 286 · ACTE m. SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE m. SCENE II

lui-même, au tyran, qu'au fils dénaturé de la Suisse qui se fait un instrument de la tyrannie.

RUDENZ. 0 Dieu ! que dois-je entendre?

BERTHE. Qu'y a-t-il de plus important pour un honnête homme que l'intérêt des siens ? Y a-t-il pour un noble cœur un plus beau devoir que d'être le défenseur de l'innocence, le protecteur des droits de l'opprimé? Le coeur me saigne pour votre peuple, je souffre avec lui, car j'aime celte nature d'hommes modestes et pleins de force ; elle me séduit entièrement, et chaque jour j'apprends à l'honorer davantage. Mais vous que la nature et le devoir de chevalier donnent à ce peuple pour défenseur obligé, vous qui l'abandonnez, qui vous rangez perfidement du côté de ses ennemis, qui forgez les chaînes de votre pays, c'est vous dont la conduite m'offense et m'afflige, et, pour ne pas vous haïr, il faut que je fasse violence à mon cœur.

RUDENZ. Je ne veux que le bien de mon pays. Sous le sceptre puissant de l'Autriche, la paix...

BERTHE. C'est l'esclavage que vous voulez lui préparer. Vous voulez chasser la liberté du dernier asile qui lui reste. Le peuple comprend mieux son bonheur, aucune vaine apparence n'égare sa ferme pensée. Quant à vous, ils vous ont enveloppé dans leurs filets.

RUDENZ. Berthe, vous me haïssez, vous me méprisez.

BERTHE. S'il en était ainsi, cela vaudrait mieux pour moi... Mais voir mépriser et digne de mépris celui qu'on voudrait aimer...

RUDENZ. Berthe ! Berthe ! vous me montrez au môme instant le faîte du bonheur et vous me précipitez dans l'abîme du désespoir.

BERTHE. Non, non, les nobles pensées ne sont pas étouffées en vous ; elles dorment seulement, je veux les éveiller. Il faut que vous exerciez une violence envers vous-même pour détruire votre vertu naturelle ;

heureusement elle est plus forte que vous, et malgré vous-même vous êtes bon et noble.

RUDENZ. Vous avez confiance en moi. Oh ! Berlhe. par votre amour, je puis tout atteindre.

BERTHE. Soyez ce que la nature généreuse a voulu que vous fussiez ; prenez la place qu'elle vous a destinée ; soutenez votre peuple et votre patrie, combattez pour vos droits sacrés.

RUDENZ. Malheur à moi! Comment puis-je vous obtenir, comment vous posséder, si je résiste à la puissance de l'empereur? N'est-ce pas la volonté souveraine de vos parents qui dispose absolument de votre main?

BERTUE. Mes biens sont situés dans les trois cantons, et si le Suisse est libre, je le suis aussi.

RLDENZ. Bcrthe, quelle perspective vous m'ouvrez !

BERTiiE. N'espérez pas obtenir ma main par la faveur de l'Autriche. Ils ne pensent qu'à mon héritage, et ils veulent m'unir à un riche héritier. Ces mêmes oppresseurs qui voulaient envahir votre liberté menaçaient aussi la mienne. Oh ! mon ami, je suis peut-être une victime destinée à récompenser un favori. On veut m'entraîner dans cette cour de l'eni .eretir, où régnent la ruse et la fausseté. Là, les chaînes d'un hymen odieux m'attendent. L'a Tiour seul... votre amour peut me sauver.

RLDENZ. Vous poufricz vous résoudre à vivre ici, à être à moi dans na patrie? Oh! Bcrthe, tous mes rêves jetés dans l'espace n'étaient qu'une pensée errant après vous. C'était vous seule que je cherchais sur le chemin de la gloire, et mon ambition n'était que de l'amour. Si vous pouvez vous enfermer avec moi dans cette vallée paisible et renoncer aux splendeurs du monde, le but de mes efforts est atteint, le torrent agité du monde peut \enir se briser au pied de ces montagnes. Aucun de mes désirs ne s'égarera plus à travers la vie. Puissent les rochers qui forment autour de nous un rempart

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