‹ ThéâtreChapitre 257 sur 286 · ACTE ÎII, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE ÎII, SCÈNE II

impénétrable, et celte heureuse vallée si bieD enfermée, ne laisser d'issue qu'au ciel et à la lumière !

BERTHE. A présent te voilà tel que mon cœur t'avait rêvé. Ma croyance ne m'a point trompée.

RUDEXZ. Adieu, vaine illusion qui m'avais séduit ! C'est dans ma patrie que je trouverai le bonheur. C'est là que mon enfance a gaiement fleuri, c'est là que je suis entouré de mille traces de joie, que les arbres et les sources d'eau vivent à mes yeux. Tu veux être à moi dans ma patrie. Hélas ! je l'ai toujours aimée ; je le sens, elle m'eût manqué à toute espèce de bonheur dans ce monde.

BERTiiE. Où serait le séjour du bonheur, si ce n'est ici dans la terre de l'innocence, ici, où réside l'antique bonne foi, où la perfidie n'a pas encore pénétré? Là, nulle envie ne troublera la source de notre bonheur, et nos jours s'écouleront purs et sereins. Je te vois dans ta vraie dignité d'homme, le premier parmi des hommes libres et égaux, honoré par de libres et sincères hommages, grand comme un roi dans son royaume.

RUDENZ. Et toi, je te vois la reine des femnies, occupée par mille soins charmants à faire de ma maison un séjour céleste, à parer ma vie par ta grâce et ta douceur, pareille au printemps qui répand ses fleurs, à tout animer et à rendre tout heureux autour de toi.

BERTHE. Voyez, mon ami, voilà pourquoi je m'affligeais, lorsque je vous voj^ais détruire vous-même ce suprême bonheur. Quel malheur pour moi s'il m'eût . fallu suivre dans son obscur château l'orgueilleux chevalier, l'oppresseur du pays ! Ici il n'y a point de château; aucune muraille ne me sépare d'un peuple que je puis rendre heureux.

RUDENZ. Mais comment me sauver, comment me dégager des liens dans lesquels je me suis follement jeté ?

BEJiTUE. Brise-les par une mâle résolution. Quoi qu'il puisse arriver^-, reste avec ton peuple, c'est là la placf yi. 3*

naturelle. [On entend des cors de chasse dans le lointain.) La chasse approche, vite, il faut nous séparer... Combats pour ta patrie, et combats pour Ion amour ; il y a un ennemi devant lequel nous devons tous trembler, et une liberté qui nous rendra tous libres.

[Ils sortent.)

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