‹ ThéâtreChapitre 258 sur 286 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Une prairie près d'Altdorf. On voit des arbres sur le devant, et dans le fond du théâtre un chapean sur une perche. L'horizon est borné par la chaîne du Bannberg, au-dessus duquel s'élève une montagne de neige.

FRIESSHARDT et LEUTHOLD montent la garde.

FRiESSHARDT. Nous attendons en vain, personne ne passera par ici pour faire sa révérence au chapeau. Il y avait cependant tant de monde ici qu'on eût dit une îbire ; mais, depuis que cet épouvantail est suspendu à cette perche, toute la prairie est comme déserte.

LEUTHOLD. Nous ne voyons que des misérables qui viennent ici tirer leur bonnet déguenillé, mais fous les honnêtes gens aiment mieux faire un long détour que de se courber devant cechapeau.

FRiESSHARDT. Il faut qu'ils passent à midi sur celte place, quand ils sortent de la maison de ville. Je croyais faire une bonne prise, car aucun ne songeait à saluer le chapeau. Le curé, qui venait de voir un malade, s'en aperçoit et se place avec le saint sacrement juste au pied de cette perche; le sacristain agile sa sonnette. tous tombent à genoux et moi avec eux ; mais c'est le saint sacrement qu'ils ont salué et non pas le chapeau.

LEUTUOLD. Écoute, Camarade, je commence à trouver que nous sommes comme un carcan devant ce chapeau; t'est pourtant une honte pour un homme d'armes que d'être en faction devant un chapeau vide, et chaque

Page 1