‹ ThéâtreChapitre 260 sur 286 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Je veux le savoir. (A Frie^shardt.) Avance. Qui es-tu ? et pourquoi tiens-tu cet homme ? (// remet son faucon à un serviteur.)

FniESSiiARDT. Puïssaiit seigneur, je suis un de tes soldais placés en sentinelle près de ce chapeau. J'ai saisi cet homme au moment où il refusait de le saluer; je voulais l'arrêter selon tes ordres, et le peuple veut me l'enlever avec violence.

GESSLER, après un moment de silence. Méprises-tu donc ainsi l'empereur et moi qui tiens sa place, toi qui refuses de montrer du respect envers ce chapeau que j'ai fait suspendre ici pour éprouver votre obéissance ?Tu trahis par là tes mauvaises intentions.

TELL. Mon bon seigneur, pardonnez-moi; j'ai agi par inadvertance et non point par mépris. Je vous demande grâce ; aussi vrai que je m'appelle Tell, cela n'arrivera plus.

GESSLER, après un moment de silence. Tell, tu es un maître archer ; on dit que tu atteins à chaque coup ton but.

"WALTiiER. C'est vrai, monseigneur; mon père abat une pomme à cent pas.

GESSLER. Est-ce là ton enfant, Tell?

TELL. Oui, monseigneur.

GESSLER. As-tu plusieurs enfants?

TELL. J'ai deux fils, monseigneur.

GESSLER. Et lequel aimes-tu le mieux?

TELL. IMonsoigneur, tous les deux sont également mes enfants chéris.

GESSLER. Eh bien ! Tell, puisque tu abats une pomme à cent pas, il faut que tu me donnes une preuve de ton adresse. Prends ton arbalète; justement tu la tiens à la main... Prépare-toi à abattre une pomme placée sur la tête de ton enfant. Mais je te conseille de viser juste, et de frapper la pomme du premier coup; car si tu la manques, il t'en coùterala tête. {Tous donnent dessignes -d'effroi.)

404 GOILLAUME TEM.

TELL. Monseigneur, quelle horrible chose me commandez-vous? Moi abatlre sur la lêle de mon enfant... Non, non, mon bon seigneur, cela ne peu^ t-enir à \olre esprit... Que le Dieu des miséricordes m'en préserve... Vous ne pouvez sérieusement exiger cela d'ua père.

GESSLER. Tu viseras une pomme placée sur la tête de ton enfant !... je le veux et l'ordonne.

TELL. Moi viser avec mon arbalète la tête de mon propre enfant !... je mourrai plutôt.

GESSLEii. Tu tireras, ou tu mourras avec ton fils.

TELL. Être le meurtrier de mon enfant!... Monseigneur, vous n'avez point d'enfant... vous ne savez pas ce qui se passe dans le cœur d'un père.

GESSLER. Par ma foi, Tell, te voilà devenu tout à coup bien prudent! On dit que tu es un rêveur, que tu t'éloignes des habitudes des autres hommes, que tu aimes l'extrii ordinaire, voilà pourquoi je t'ai choisi une action hasardeuse. Un autre réfléchirait, mais toi, tu vas fermer les yeux et prendre bravement ton parti.

BERTHE. Ne plaisantez pas, monseigneur, avec ces pauvres gens. Vous les voyez pâles et tremblants devant vous; ils ne sont pas habitués à prendre vos paroles comme un passe-temps.

GESSLER. Et qui vous dit que je plaisante ? (// s'approche de Varbre et cueille une pomme.) Voici la pomme, — faites, lace. Qu'il prenne sa distance selon l'usage. Je lui donne quatre-vingts pas, ni plus ni moins. Il se vante d'atteindre son homme à cent pas. Maintenant, tire, et ne manque pas le but.

RODOLPHE. Dieu ! cela devient sérieux. — Enfant» tombe à genoux et demande grâce pour ta vie au gouverneur.

WALTHKR FURST, à Melchthûl, çui peut à peine maîtriser son impatience. Contenez-vous, je vous en prie ; soyez calme.

Page 1