‹ ThéâtreChapitre 263 sur 286 · ACTE 111, SCÈNE Ui · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE Ui

RODOLPHE. On parlera de l'archer Tell aussi longtemps que CCS montagnes resteront sur leur base. [Il présente ta pomme au gouverneur.)

GEPSLER. Par le ciel ! la pomme est traversée au beau milieu. C'est un coup de maître, il faut lui rendre justice.

LE CURÉ. Le coup est beau; mais malheur à celui qui a forcé cet homme à tenter la Providence!

STAiFFACiiER. Rcveuez à VOUS, Tell, levez-vous; vous vous êtes bravement conduit, et vous pouvez retourner chez vous en liberté.

LE CURÉ. Allez, allez, et rendez ce fils à sa mère. (Ils veulent l'emmener.)

GESSLER. Tell, écoute.

TELL i^evient. Qu'ordonnez-vous? monseigneur.

GESSLER. Tu as caché une seconde flèche dans ton sein. Oui ! oui, je l'ai bien vue. Quelle était ton intention?

TELL, emban^assé . Monseigneur, tel est l'usage des chasseurs.

GESSLER. Non, Tell, je n'accepte pas ta réponse; tu avais quelque autre pensée. Dis moi la vérité librement et franchement. Quoi qu'il en soit, je te promets que ta vie est en sûreté. Que voulais-tu faire de ta seconde flèche?

TELL. Eh bien ! monseigneur, puisque vous me promettez la vie sauve, je vous dirai la vérité tout entière. (// tire la flèche de son sein, et la montre au gouverneur avec un regard terrible.) Si j'avais atteint mon enfant chéri, je vous aurais frappé avec cette seconde flèche, et certes, ce coup-là, je ne l'aurais pas manqué.

GESSLER. Bien, Tell, je t'ai assuré la vie, je t'ai donné ma parole de chevalier, je la tiendiai; mais, puisque je connais tes mauvaises intentions, je veux te faire conduire dans un lieu où tu ne verras jamais ni le soleil ni la lune. Là je serai à l'abri de les flèches. Saisissez-le et liez-le. [Tell est lié.)

410 GUILLALMK TELL.

STAUFFACHER. Comment, monseigneur, vous pourriez traiter ainsi un homme que Dieu protège si visiblement?

GESSLER. Voyons si Dieu le délivrera une seconde fois. Portez-le sur ma barque; je le suis à l'instant, je le conduirai moi-même à Kussnacht.

LE CURÉ. Vous ne l'oserez pas faire ; l'empereur ne l'oserait pas, cela est contraire à nos lettres de franchise.

GESSLER. Où sont-elles? L'empereur les a-t-il confirmées ? Il ne les a pas confirmées; c'est par votre obéissance que vous obtiendrez cette faveur. Vous êtes des rebelles envers la justice de l'empereur, et vous entretenez des projets audacieux de révolte. Je vous connais tous, je lis dans votre cœur. Je saisis dans ce moment cet homme au milieu de vous, mais vous avez tous pris part à sa faute. Que celui qui est sage apprenne à se taire et à obéir. {Il s'éloigne ; Berthe, Rudenz, Rodolphe et des hommes d' armes le suivent. Friesshardt et Leuthold restent.)

WALTHER FURST, dttus uuc violente douleur. Il part^ il a résolu de me perdre, moi et toute ma famille.

STAUFFACHER, à Tell. Oh I pourquoi avez-vous excité la rage de ce furieux?

TELL. Peut-on se maîtriser, quand on éprouve une telle douleur?

STAUFFACHER. Oh ! c'eu est fait, c'en est fait ! Avec vous nous sommes tous enchaînés et tous asservis. [Tous les paysans environnent Tell.) Avec vous s'en va notre dernière consolation.

LEUTHOLD, s'approche. Tell, j'ai pitié de vous, mais il faut que j'obéisse.

TELL. Adieu.

WALTHER, avec douleur, et s'attachant à son père, Ohl mon père, mon père; mon cher père !

TELL élève la main vers le ciel. Là-haut est ton père, invoque-le.

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