‹ ThéâtreChapitre 265 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

moment et qui est balancée sur ces vagues terribles ; là le pilote est inutile ainsi que le gouvernail. L'orage est le maître, le vent et les flots se jouent des cfrorts de l'homme. Lk il n'y a aucun asile où il ])uisse se réfugier; les rv^cs escarpés ne lui offrent aucune retraite et ne lui présentent que leur rude surface.

LE FILS DU PÉCHEUR, regardant à gauche. Mon père, c'est un bateau qui vient de Fluelen.

LE PÉCHEUR. Que Dicu aide les pauvres gens ! Quand la tempête a pénétré dans ce gouffre, elle s'agite avec la colère d'une bête féroce qui frappe les barreaux de fer de sa grille, elle gémit et cherche en vain un passage, car de tous côtés les rocs élevés jusqu'au ciel l'arrêtent et lui ferment toute issue. {// monte sur la hauteur.)

LE FILS DU PÉCHEUR. Mon père, c'est la barque du gouverneur d'Uri;jeIa reconnais à sa tenture rouge, à son drapeau.

LE pÊCHtUR. Justice de Dieu ! Oui, c'est lui-même, c'est le gouverneur qui est là. Il vient ici, il apporte avec lui son crime. La main du vengeur céleste l'a promptement atteint ; maintenant il voit qu'il y a un pouvoir au-dessus du sien, ces vagues ne cèdent point à sa voix, ces rochers ne se courbent point devant son chapeau. Enfant, ne prie pas, n'arrête pas la main du juge.

LE FILS DU PÊCHEUR. Je ne prie pas pour le gouverneur, je prie pour Tell, qui se trouve avec lui sur la barque.

LE PÉCHEUR. 0 fureur aveugle de la tempête ! pour atteindre un coupable, faut-il que tu anéantisses la barque avec le pilote ?

LE FILS DU PÉCHEUR. Vois, vois, ils Ont déjà heureusement passé le Buggisgrat; mais la violence de l'orage que renvoie le Teufelmunster, les rejette vers le grand rocher d'Axenberg ; je ne les vois plus.

LE PÉCHEUR. Le Hackmesser, oii plus d'un balcau

414 GUILLALME TELL.

sVsl déjà brisé, est là ; s'ils ne gouvernent pas prudomairnl, la barque va se briser contre le rocher escarpé qui s'élève du fond du lac. Ils ont un bon pilote à bord ; si quelqu'un peut les sauver, î'est Tell ; mais ses bras sont enchaînés.

{Tell, son arbalète à la main, arrive à grands pas^ regarde autour de lui avec surprise et paraît vivement agité. Parvenu au milieu du théâtre, il se jette par terre, pose ses mains sur le sol, puis les élève vers le ciel.)

LE FILS DU PÊCHEUR. Regarde, mon père, quel est cet homme agenouillé là ?

LE l'ÈciiEUR. Il saisit la terre avec ses mains et paraît hors de lui.

LE FILS DU PÉCHEUR s'avancc. Que vois-je, mon père I Viens, regarde.

LE PÊCHEUR s'approche. Qui est-ce? Dieu du ciel ! Quoi ! c'est Tell ! Comment ôles-vous ici? Parlez.

LE FILS DU PÉCHEUR. N'éticz-vous pas sur cette barque prisonnier et enchaîné?

LE pÉCHiiUR. Ne devait-on pas vous conduire à Kuscnacht?

TELL se lève. Je suis délivré.

LE PÉCHEUR et SON FILS. Délivré ? 0 miracle de Dieu I

LE FILS DU PÉCHEUR. D'oÙ VCnCZ-VOUS?

TELL. De la barque.

LE PÊCHEUR. Comment ?

LE FILS DU PÉCHEUR. OÙ cst le gouvcmeur ?

TELL. A la merci des flots.

LE PÉCHEUR. EsL-il possibic ? Mais vous, comment vous trouvez-vous ici ? comment avez-vous échappé à vos liens et à la lem[)cte?

TELL. Par la clémente providence de Dieu. Écoutez.

LE PÉCHEUR et SON FILS. Ah ! parlez, parlez !

TELL. Yous savez ce qui s'est passé à Alldorf ?

LE PÊcuEUR. Je sais tout ; parlez.

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