‹ ThéâtreChapitre 266 sur 286 · ACTE IV, SCE.NE I. IIJ · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCE.NE I. IIJ

TELL. Vous savez que le gouverneur m'avail Tiit prendre et attacher pour me conduire à la forleros^L de Russnacht.

LE PÉCHEUR. Et qu'il s'est embarqué avec vous à Fluelen, nous savons tout cela; racontez-nous comment vous vous êtes échappé.

TELL. J'étais dans la barque, lié fortement avec des cordes, sans défense et résigné. Je n'espérais plus revoir la riante lumière du jour ni la douce figure de ma femme et de mes enfants, et je jetais un rrgard désespéré sur le désert des eaux.

LE PÊCHEUR. 0 pauvre homme !

TELL. Nous avancions de la sorte, le gouverneur, Rodolphe de Harras, les domestiques et moi. Mon carquois et mon arbalète étaient sur le derrière de la barque, près du gouvernail. Au moment où nous arrivions près du petit rocher d'Axenberg, tout à coup, par la providence de Dieu, une tempête effroyable sort des défilés du Saint-Gothard; le courage des rameurs faillit, et tous s'imaginent qu'ils vont être submergés. Alors j'entends qu'un des valets s'adresse au gouverneur et lui dit : Vous voyez, monseigneur, votre danger est le nôtre ; la mort est là devant nous ; les rameurs effrayés ne savent plus conduire la barque; mais voilà Tell qui est un homme vigoureux et qui s'entend à tenir le gouvernail, qu'en pensez-vous? Si dans noire péril nous avions recours à lui ? — Le gouverneur me dit : Tell, si tu crois pouvoir nous sauver de l'onige, je te ferai ôter tes liens. — Oui, monseigneur, répoadis-je, av^cl'aide de Dieu j'espère pouvoir vous arracher d'ici. Alors on m'enlève mes liens, je me placi; aji gouvernail et je manœuvre bravement. Mais je regardais du côté oîi était mon arme, et je cherchais avec attention sur le rivage un endroit oii je pusse m'élancer. J'aperçois un rocher plat qui s'avance dans le lac.

LE PÉCHEUR. Je le connais, il est au pied du grand Axenberg; mais je ne pensais pas qu'il fût possible

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de l'alleindre en sautant d'une barque, car il est si escarpé.

TELL. Je crie aux rameurs de manœuvrer vigoureusement jusqu'<à ce que nous arrivions devant ce rocher. Là, leur dis-je, le plus grand péril sera passé. Arrivés a force de rames auprès de cet endroit, j'invoque le secours de Dieu, j'appuie de tout mon pouvoir le derrière de la barque contre le rocher, puis, saisissant à la hâte mon arbalète, je m'élance sur le rocher aplati, et d'un coup de pied vigoureux je repousse la barque dans les eaux., oij elle peut flotter au gré de Dieu. Pour moi, me Toici délivré de la violence de l'orage et de la méchanceté des hommes.

LE PÉCHEUR. Tell, Tell, le Seigneur a fait pour vous sauver un miracle visible ; à peine puis-je en croire mes sens. Mais, dites-moi, où comptez-vous aller maintenant ? 11 n'y a plus de sécurité pour vous, si le gouverneur échappe à la tempête.

TELL. Lorsque j'étais encore lié sur la barque, je lui ai entendu dire qu'il voulait débarquer à Brunnen, et delà me conduire à saforteresse en passant par Schwitz.

LE PÊCHEUR. Voulait-il donc prendre le chemin de terre ?

TELL. C'était son intention.

LE PÊCHEUR. Oh ! alors, cachez-vous sans retard ; Dieu ne vous délivrera pas deux fois de ses mains.

TELL. Indiquez-moi le chemin le plus court pour aller à Arth et à Kussnacht.

LE PÊCHEUR. La grande route passe par Steinen ; mais mon fils, en prenant un sentier pi us court et peu connu, pourra vous conduire par Lowerz.

TELL lui donne la main. Que le ciel vous récompense de votre bonne action ! Adieu. (// s'éloigne et ircient.) N'avez-vous pas aussi prêté serment au Rutli ? Il me semble avoir entendu prononcer votre nom.

LE PÊCHEUR. Oui, j 'étais là, et j'ai prêté le serment d'alliance.

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