‹ ThéâtreChapitre 269 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

meilleur des hommes? Quel secours lui avez-vous donné? ^'ous avez vu celte violence horrible, et vous l'avez laissée s'accomplir; vous avez souffert patiemment qu'on enlevât votre ami au milieu de vous. Est-ce ainsi que Teîl a agi envers vous? Est-il resté là à vous plaindre, lorsque vous aviez d'un côté les cavaliers du gouverneur qui vous poursuivaient, et, de l'autre, le lac mugissant? Est-ce par de vaines larmes qu'il vous a manifesté sa compassion? Xon; il s'est élancé dans le canot, il a oublié sa femme et ses enfants pour te sauver.

WALTHER FURST. QuB pouvioDS-nous faire pour le délivrer, nous qui étions en si petit nombre et sans armes?

HEDWIGE se jette dans les bras de son père. 0 mon pèrel et toi aussi tu l'as perdu, et le pays, et nous tous nous l'avons perdu! Il nou%, manque à tous, hélris ! et nous lui manquons à lui! Que Dieu préserve son âme du désespoir ! Pas un ami ne lui portera quelque consolation dans les profondeurs de son cachot! S'il devenait malade!... Hélas! dans l'obscurité, dans l'humidité de sa prison, il deviendra malade. La rose des Alpes pâlit et se fane dans le vallon marécageux. Et lui, il ne peut vivre qu'avec la lumière du soleil et le souffle de l'air pur. Lui, prisonnier? lui qui ne respirait que la liberté? Il ne pourra vivre dans les vapeurs du souterrain.

STAiTFACHER. Calmcz-vous, nous travaillerons tous à le faire sortir de sa prison.

HEDWiGE. Que pouvez-vous faire sans lui? Aussi longtemps que Tell fut libre, il y avait encore de l'espoir; l'innocence avait encore un ami, et l'opprimé un défenseur. Tell vous eût tous délivrés, vous tous réunis ue pouvez rompre ses fers ! {Le baron se réveille.)

BAUMGARTEN. Il sc révcille, silence!

ATTiNGHALSEN, se relevant. Où est-il?

STAUFFACHER. Qui?

ATTiNGHAUSEN. Il me manquc, il m'abandonne au ■dernier moment.

STAUFFACHER. Il pensG à son neveu; l'a-t-on envoyé chercher?

WALTiiER FuiiST. On y est allé. Consolez-vous, il a écoulé la voix de son cœur, il est à nous.

ATTiNGUAUSEN. A-t-il parlé pour sa patrie?

STALFFAGUER. Avcc un couragc de héros.

ATTiNGHALSEN. Pourquol ne vient-il pas recevoir rna dernière bénédiction ! je sens que ma fin approche.

STAUFFACHER. \on, mon noble seigneur; ce court sommeil vous a rafraîchi, et votre œil est animé.

ATTiNGHAUSEN. Vivrc, c'est souffrir. C'en est fait de la souffrance ainsi que de l'espoir. (// aperçoit Venfant.) Qui est cet enf.mt?

WALTHER FUHST. Béuissez-lc, monseigneur; c'est mon petit-fils, et il n'a plus de père! {Hedwige tombe à genoux avec l'enfant decunt le mourant.)

ATTiNGiiAustN, Et je VOUS laissc tous sans père. Malheur à moi ! mes derniers regards ont vu la ruine de la patrie ! Devais-je donc arriver à cet âge si avancé pour mourir avec toutes mes espérances?

STAUFFACHER, à Walthcv Furst. Mourra-t-il dans ce profond chagriii? Ne pourrons-nous faire luire sur ses derniers moments un doux rayon d'espoir? Noble baron, revenez de votre abattement; nous ne sommes pas entièrement abandonnés, nous ne sommes pas perdus sans ressource.

ATTiNGiiAi'^EN. Et qui VOUS sauvcra?

"WALTHER FL'iiST. Nous-mêmcs ; écoutez. Les trois cantons se sont promis de chasser les tyrans; l'alliance est conclue, un serment sacré nous lie. Avant qu'une nouvelle année recommence son cours, nos projets serontaccomplis, et votre cendre reposera sur une terre libre.

ATTINGHAUSEN. Oh! ditcs-lc-moi, l'alliance est-elle conclue?

MELCiiTHAL. Le même jour, les trois cantons se soulèveront. Tout est préparé, et, jusqu'à présent, le secret

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