ACTE IV, SCÈNE il
mains glacées par la mort, j'ai rompu pour toujours les liens étrangers, je suis revenu à mes compatriotes, je suis et je veux Cire de toute monâme un vrai Suisse. (Il se lève.) Vleuvez sur votre ami, sur votre père, mais ne désespérez pas. Je n'hérite pas seulement de ses richesses; son cœur et son esprit descendent en moi, et une verte jeunesse accomplira ce que vous avait promis son vieil âge. Mon vénérable père, donnez-moi vutre main, et vous aussi, Melchlhal, et vous aussi. Oh ! n'hésilez pas, ne vous détournez pas, recevez mes aveux et mes serments.
WALTHER FURST. Donnfiz-lui votre main; son cœur qui revient à nous mérite la confiance.
MELCiiTïïAL. Vous avcz traité avec dédain le paysan. Parlez, que peut-on attendre de vous?
RUDENz. Oh ! ne pensez pas à l'erreur de ma jeunesse.
STAUFFACHER, à Mclchtlial. Soyez unis, tel a été le dernier mot de notre père. Pensez-y.
MELCHTiiAL. Voici ma main. La promesse d'un paysan, noble seigneur, est aussi une parole d'honneur. Que serait le chevalier sans nous? Noire profession est plus ancienne que la vôtre.
RUDExNZ. Je l'honore, et mon épée la protégera.
MELcuTiiAL. Seigneur baron, le bras qui dompte et qui féconde un sol ingrat peut aussi nous défendre.
RUDENZ. Vous me défendrez, et moi je vous défendrai. En nous soutenant l'un l'autre, nous serons forts. Mais à quoi bon parler, quand la patrie est encore la proie de la tyrannie étrangère? C'est lorsque le sol sera délivré de ses ennemis que nous formerons en paix notre contrat. [Après un moment de silence.) Vous vous taisez? Vous n'avez rien à me dire? Comment! n'ai-je pas encore mciité que vous ayez confiance en moi ? Eh bien! il faut donc que j'entre dans votre alliance malgré vous. Vous avez été au llulli, vous avez prêté serment, je le sais ; je sais tout ce que vous avez fait, et
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quoique tout cela ne m'ait pas été confié par vous, je l'ai gardé comme un dépôt sacré. Je n'ai jamais été Tennemi de mon pays, croyez-moi, et je n'ai jamais agi contre vous. Mais vous avez mal fait de ditférer; le temns jresse, et il fout des actions promptes. Tell a été la victime de vos retards.
STAL'FFACHER. Nous avous juré d'attendre jusqu'aux fêtes de Noël.
RLDENZ. Je n'étais pas là, je n'ai pas juré. Attendez; moi, j'agis.
MELCHTHAL. Quoi! VOUS voudricz...
RUDENz. Je me compte au nombre des chefs du pays, et mon premier devoir est de vous proléger.
WALTHER FUKST. Rendre à la terre celte dépouille précieuse est notre premier, notre plus saint devoir.
RUDENZ. Quand nous aurons délivré le pays, nous poserons sur le cercueil la couronne de la victoire. 0 mes amis ! ce n'est pas seulement votre cause que je défends contre les tyrans, c'est la mienne. Écoutez. Ma Berthe a disparu; elle a été secrètement enlevée au milieu de nous avec une indigne audace.
STAUFFACHER. Le tyran a-t-il pu exercer une telle violence envers une personne libre et noble ?
RUDENZ. Mes amis, je vous ai promis mon secours, et je dois d'abord invoquer le vôtre. On a saisi, on a enlevé ma bien-aimée. Qui sait où le furieux la cache? à quelle violence coupable il peut avoir recours pour jeter son cœur dans des liens odieux? Ne m'abandonnez pas, aidez-moi à la sauver. Elle vous chérit, et elle mérite par son dévouement pour la pairie que tous les bras s'arment pour la défendre.
WALTHER FURST. Que vouîez-vous entreprendre?
RUDENZ. Le sais-je? Hélas ! dans l'obscurité qui enveloppe son sort, dans l'affreuse anxiété de mon incertitude, je ne puis m'arrêter à aucune pensée déterminée. Une seule chose apparaît clairement à mon âme, c'est que je ne pourrai la découvrir que sous les débris