ACTE IV, SCÈNE
de la tyrannie, et que nous devons nous emparer de toules les forteresses pour pénétrer dans son cachot.
MELCHTHAL Venez, conduisez-nous, nous vous suivons. Pourquoi rcmellre à demain ce que nous pouvons faire aujourd'hui? Tell était libre quand nous avons prêté serment au Rulli, ces violences monstrueuses n'étaient pas encore arrivées. Le temps nous impose de nouveaux devoirs. Qui serait assez lâche pour différer encore?
RUDENz, à Stauffacher et à Walther Furst. Armez-vous et tenez-vous ])rêts. Attendez le signal du feu qui brillera sur les montagnes, et qui vous annoncera votre victoire plus rapidement que la voile du batelier. Quand vous verrez ces heureuses ilammes, tombez sur l'ennemi comme l'éclair, et renversez l'édifice de la tyrannie {Ils s'en vont.)
SCÊN'E m.
Un chemin creux près de Kussnacht. On descend là entre des rochers, et a^ant que les voyageurs arrivent sur la scène, on les voit sur la hauteur. Des rocher? de tous côtés; un d'eux forme un avancement couvert d'arbrisseaux.
TELL s'avance avec son arbalète. Il faut qu'il passe par ce chemin creu-x, il n'y en a point d'autre pour aller à Kussnacht. C'est ici que j'accomplirai mon projet. L'occasion est favorable : caché derrière ces arbrisseaux, je puis l'atteindre avec ma flèche : l'étroit espace du chemin ne permet pas à ses gens d'être à côté de lui. Régie ton compte avec le ciel, Gessler; c'en est fait de toi. ton heure a sonné.
Je vivais mnocent et paisible, je ne dirigeais mes traits que contre les animaux des bois, le m.^urtre n'avait pas souillé ma pensée ; tu es venu jeter l'épouvante dans ma vie tranquille, tu as changé en poison la douceur de mes pieuses pensées, tu m'as habitué aux choses monstrueuses. Celui qui peut tirer sur la
lêîe de son enfant peut aussi atteindre le cœur de sdii ennemi.
Il faut que je les protège contre ta rage, gouverneur! mes pauvres innocents enfants et ma fidèle femme. Quand j'ai tendu la corde démon arbalète, quand ma main tremblait, quand tu me forçais avec une ruse infernale à viser à la tête de mon enfant; quand j'étais devant toi, suppliant et sans force, j'ai fait au fond de mon cœur un horrible serment que Dieu seul a entendu : j'ai juré que ton cœur serait le but de mon premier coup. Ce que je me suis promis dans mon infernale angoisse de ce moment est une dette sacrée, je veux l'acquilter.
Tu es mon maître et le représentant de mon empereur; mais l'empereur ne se serait pas permis ce que tu as osé. Il l'a envoyé dans ce pays pour exercer la justice, une justice plus sévère, car il était irrité, mais non pas pour te faire un jeu cruel du meurtre et de l'alrocité; il y a un Dieu pour punir et pour venger. Viens, toi qui as été l'instrument d'une douleur amère, loi qui es maintenant mon bien, mon trésor le plus cher; je veux le donner un but qui a été jusqu'à ce jour inaccessible aux prières les plus tendres, mais qui ne te résistera pas. El toi, Qdèle corde de mon arc, qui m'as si souvent servi dans les amusements joyeux, ne m'abandonne pas dans cette terrible circonstance. Cette fois encore, ô ma corde fidèle ! sois ferme, toi qui as si souvent lancé le trait rapide. S'il tombait tout à l'heure sans force de mes mains, je ne pourrais lui en envoyer un second. {Des voyageurs passent sur la scène.)
Je veux m'asseoir sur ce banc de pierre qui s'offre au voyageur pour le reposer un instant, car ici il n'y a point d'habilalion. Les passants se succèdent, étrangers l'un à l'autre, sans s'informer muluellement de leurs peines. Ici viennent le marchand soucieux et le pèlerin léger, le moine pieux, le brigand au regard