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ACTE IV, scènh: m. m

sombre, le joyeux niénélrier, et le colporlcur avec son chova) lourdement chargé, qui revient des contrées lointaines; car chaque route conduit au bout du monde. Ils suivent tous le chemin qui mène à leurs affaires, et le mien mène au meurtre. (// s'assoit.)

Autrefois, mes chers enfants, lorsque votre père revenait à la maison, c'était une joie, car jamais il ne rentrait sans vous apporter quelque chose, tantôt une belle fleur des Alpes, ou un oiseau rare, ou un coquillage pétrifié qu'il trouvait en parcourant la montagne. Aujourd'hui il s'en va à la recherche d'une autre proie; il est assis dans un lieu sauvage avec une pensée de meurtre; c'est la vie de son ennemi qu'il veut surprendre. El cependant, mes chers enfants, c'est à vous encore qu'il pense maintenant... C'est pour vous défendre, c'est afin de protéger votre douce innocence contre la rage du tyran, qu'il prépare son arc pour le meurtre. (// se lève.)

J'attends une noble proie. Le chasseur passe souvent sans regret des jours entiers à errer dans la rigueur de l'hiver, à sauter de rocher en rocher, à gravir des murailles de glace qu'il teint de son propre sang, tout cela pour atteindre un pauvre gibier. Ici, il s'agit d'un but bien autrement précieux, du cœur de mon ennemi mortel qui voudrait me perdre. (On entend dans le lointain une musique joyeuse qui s'approche.) J'ai passé toute ma vie à manier l'arc, à m'exercer selon les règles du chasseur; j'ai souvent, au tir, atteint le milieu de la cible et gagné le prix; aujourd'hui, je veux faire mon coup de maître et remporter le plus beau prix qu'il puisse y avoir dans l'étendue des montagnes. {On aperçoit une noce sur la hauteur. Tell la regai^de appuyé sur son aj^balète.)

STUSsi, le messier, s'app?vche de lui. C'est le métayer du couvent de Marlischachen qui célèbre aujourd'hui sa noce, un honmie riche, qui possède bien dix troupeaux sur les Alpes. La fiancée est d'Imisée ; celte nuit

il y a jra grande fête à luissnacht. Venez avec moi, chaque honnête homme est invité,

TELL. Un convive sombre ne va pas à une noce,

STussi. Si quelque chagrin vous oppresse, rejetez-le gaiement de votre cœur. Prenez les choses comme elles viennent; les temps sont rudes, voilà pourquoi l'homme doit saisir à la hâte un moment de joie. Ici un mariage, ailleurs un enterrement.

TELL. Et souvent l'on passe de l'un à l'autre.

STUssi. Ainsi va le monde maintenant. Il y a assez de malheurs partout. Une partie du mont Ruiff s'est écroulée dans le canton de Glaris et a enseveli tout un côté du pays.

TELL. Les montagnes s'écroulent elles-môraes. Il n'y a donc rien de ferme sur la terre?

STUssi. Ailleurs, on raconte des choses merveilleuses. Je viens de parler à un homme qui arrive de Bade; il m'a raconté qu'un chevalier s'était mis en roule pour aller voir le roi. Le long du chemin il rencnnlre un essaim de frelons qui s'attachent à son cheval, et le tourmentent tellement que l'animal tombe mort, et le chevalier arrive à pied chez le roi.

TELL. Le faible a aussi son aiguillon. {Hermengarde arrive avec plusieurs enfants, et se place à l'entrée du chemin.)

STUssi. On craint que cela ne présage quelque grand malhiur pour le i)ays, quelque fait contre nature.

TELL. Chaque jour il se passe des faits de ce genre. et nul signe merveilleux ne le présage.

STussi. Heureux celui qui cultive paisiblement son champ, et reste sans souci au milieu des siens !

TELL. L'homme le meilleur ne peut vivre en paix si cela déplaît h un méchant voisin. [Tell regarde avec impatience du côté du chemin.)

STLSSi. Adieu. Vous attendez quelqu'un?

TELL. Oui.

STUssi. Je vous souhaite un heureux retour parmi le»

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