‹ ThéâtreChapitre 274 sur 286 · ACTE IV, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE

vôtres. Vous êtes d'Uri. Notre gracieux maître, le gouverneur, doit en revenir aujourd'hui.

LN VOYAGLUR qui arrive. N'attendez pas le gouverneur aujourd'hui. Les eaux ont été enflées par les - grandes pluies, et le torrent a rompu tous les ponls. [Tell se lève.)

HERMENGARDE s'avance. Le gouverneur ne viendra pas?

STLSSi. Avez-vûus quelque chose à lui dire?

HERMENGARDE. Oui, vraiment.

STUssi. Pourquoi vous placez-vous sur son passage dans ce chemin creux?

HERMENGARDE. Ici, il ne pourra m'échapper. Il fiiudra qu'il m'entende.

FRiESSUARDT s'ûvance sur le chemin et crie : Écartezvous du chemin ! Voici monseigneur le gouverneur qui me suit à cheval. (Tell se retire.)

HERMENGARDE, virement. Le gouverneur vient ! {File vient avec ses enfants sur le devant de la scène. Gessler et Rodolphe se montrent à cheval sur la hauteur.)

STUSSi, à Friesshardt. Comment avez-vous traversé les rivières, puisque les ponts été emportés?

FRIESSHARDT. Nous nous sommcs débattus sur le lac, mon ami, et nous ne craignons plus les rivières.

STUSSI. Vous étiez sur une barque pendant la terrible tempête?

FRIESSHARDT. Oui, nous y étions, et toute ma vie j'y penserai.

STUSSI. Oh ! restez, racontez-nous...

FRIESSHARDT. Laisscz-moi ; il fout que j'aille en avant pour annoncer l'arrivée du gouverneur au château. {Il s'éloigne.)

STUSSI. Si ce bateau eût porté de braves gens, il eût été entièrement submergé; mais il y a des hommes sur qui le feu et l'eau ne peuvent rien. [Il regarde autour de lui.) Où donc est allé ce chasseur avec qui je parlais? \ll s'éloigne.)

430 GClLLArME TELL.

GESSLER, à cheval, causant avec Rodolphe de Harras, Dites ce que vous voudrez, je suis l'agent de l'empereur, et je dois songer à lui plaire. Il ne m'a pas envoyé dans ce pays pour flatter le peuple et le traiter doucement. 11 veut qu'on lui obéisse, et la question est de savoir si c'est le paysan qui sera maître du pays ou si c'est l'empereur.

iiEUMENGARDE. Voici le moment. Je vais m'adresser à lui. [Elle s'approche avec inquiétude.)

&ESSLER. Je n'ai pas fait placer ce chapeau à Altdorf par raillerie, ni pour éprouver le cœur de ce peuple ; je le connais depuis longtemps. Je l'ai placé là pour qu'ils apprennent à courber devant moi cette tête qu'ils lèvent superbement. J'ai mis cet importun chapeau sur la route par laquelle ils doivent passer, pour qu'il frappe leurs regards et leur rappelle le maître qu'ils oublieraient.

HODOLPHE. Le peuple a cependant certains droits.

GESSLER. Ce n'est pas le temps de le peser... Des combinaisons importantes sont en mouvement. La maison impériale veut grandir. Ce que le père a glorieusement commencé, le fils veut l'achever. Ce petit peuple est un obstacle sur notre route. D'une façon ou de l'autre... il faut qu'il se soumette. {Ils veulent passer, Bermengarde se jette à genoux devant le gouverneur.)

HERMENGARDE. INIiséricordc I monseigneur! Grâce! grâce !

GESSLER. Pourquoi vous placez-vous sur le chemin devant moi ? retirez-vous.

HERMENGARDE. Mon mari est en prison. !\Ies enfants demandent du pain... INIon puissant seigneur, ayez pitié de notre grande misère.

RODOLPHE. Qui êtes-vous?qui est votre mari?

HERMENGARDE. Mou bon scigucur, c'est un pauvre journalier du Righi qui allait faucher l'herbe sur les rocs escarpés, dans les lieux où les bestiaux n'osen^ vas monter.

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