ACTE V, SCÈNE
OCTAVio. Ceci n'est pas une illusion. La guerre civile, la puis cruelle de toutes, est prêle à s'allumer, si nous ne nous hâtons de la prévenir. Les colonels sont gagnés depuis longtemps ; la fidélité des subalternes vacille; des régiments entiers, des garnisons s'ébranlent. Les forteresses sont gardées par des étrangers. On a confié au suspect Schafgotsch les troupes de la Silésie, à Terzky cinq régiments d'infanterie et de cavalerie, à Illo, à Kinsky, à Buttler, à Isolani les troupes les mieux équipées.
MAX. Et à nous donc aussi.
OCTAVIO. Parce qu'on se croit sûr de nous, parce qu'on pense nous séduire par des promesses brillantes. Il me donne les principautés de Glatz et de Sagan, et je vois bien à quel hameçon il compte te prendre.
JIAX. Non, non, non, vous dis-je.
OCTAVIO. Oh! ouvre donc les yeux 1 Pourquoi pensestu qu'on nous a rassemblés à Pilsen? Est-ce pour délibérer avec nous? Quand Friedland a-t-il eu besoin de nos conseils? Nous avons été appelés pour nous vendre à lui, et, si nous refusons, pour rester ses otages. Voilà pourquoi le comte Galas n'est pas venu; et tu ne verrais pas ici ton père, si des devoirs plus élevés ne Ifr tenaient enchaîné.
MAX. Il ne dissimule pas que nous avons été appelés ici pour lui : — il avoue qu'il a besoin de notre bras pour se maintenir. Il a tant fait pour nous, que , notre devoir est de faire maintenant quelque chose , pour lui.
OGTAVio. Et sais-tu ce que c'est que nous devons faire pour lui ? Dans le transport de son ivresse, Illo a trahi le secret. Songe donc à ce que tu as vu et entendu l Cet écrit falsifié, cette clause décisive que l'on raye, n'estce pas là une preuve que l'on ne voulait nous conduire à rien de bon ?
MAX. Je n'ai regardé que comme une méchante manœuvre d'Illo ce qui est arrivé cette nuit avec cet écrit.
Cette race d'intrigants veut toujours se mettre à la tête de toutes les affaires. Ils voient que le duc est en mésinteiligence avec la cour, et ils pensent le servir en Élargissant la plaie jusqu'à ce qu'elle devienne incurable. Croyez-moi, le duc ne sait rien de tout cela.
ocTAVio.Il m'en coûte de renverser une confiances! bien établie. Mais ici je ne dois employer aucun ménagement; il faut prendre des mesures promptes et agir sans délai. — Je t'avouerai donc que tout ce que je t'ai confié, tout ce qui te paraît si incroyable, je le tiens de sa propre bouche, de la bouche du prince.
MAX, dans une violente agitation. Jamais !
ocTAVio. Lui-même m'a confié ce que j'avais déjà, il est vrai, appris par une autre voie : qu'il voulait passer du côté des Suédois, et, à la tête des armées conjurées, forcer l'empereur...
MAX. Il est violent; la cour l'a gravement offensé; peut-être que dans un moment d'humeur il aura pu s'oublier.
OCTAVIO. Il était de sang-froid quand il m'a fait cet aveu; et, comme il prenait ma surprise pour delà crainte, il m'a montré en secret des lettres de Suédois et de Saxons qui lui faisaient espérer un secours certain.
MAX. Cela ne peut être ; non, cela ne peut être, cela ne peut être! Voyez-vous, cela ne peut être ! Vous lui auriez nécessairement témoigné votre horreur, il se serait laissé persuader, ou vous, vous ne seriez plus en vie.
ocTAVio. Je lui ai bien manifesté ma pensée; j'ai employé des instances sérieuses pour le détourner de son projet, mais je lui ai caché mon horreur et le fond de mes sentiments.
MAX. Vous auriez eu cette fausseté? Cela n'est pas dans votre nature, mon père. Je ne vous croyais pas quand vous me parliez mal de lui, je vous crois encora moins quand vous vous calomniez vous-même.