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ACTE V, SCÈNE I. ifS

OCTAVio. Je n'ai pas cherché à pénétrer son secret.

MAX. Sa confiance méritait votre sincérité.

OCTAVIO. Il n'était pas digne de ma franchise.

MAX. Et la trahison était encore moins digne de vous^,

OCTAVIO. Mon cher fils, il n'est pas toujours possible dans la vie d'agir avec cette innocence d'enfant que notre conscience nous conseille. Dans la nécessité continuelle de se défendre contre la ruse, le cœur le plus droit perd sa sincérité. Il y a une malédiction attachée à tout ce qui est mal, d'où il résulte que le mal se multiplie et engendre le mal. Je n'épilogue pas, je fais mon devoir. L'empereur m'a tracé ma ligne de conduite. Sans doute il vaudrait mieux suivre toujours la voix de son cœur, mais il faudrait pour cela renoncer plus d'une fois à un but honorable. Il s'agit ici, mon fils, de bien servir l'empereur ; que m'importe alors ce que mon cœur en pense !

MAX. Je ne puis aujourd'hui ni saisir ni comprendre vos paroles. Le prince vous a révélé franchement le secret de son cœur dans un mauvais dessein, et vous, dans un bon dessein, vous l'avez trompé. Cessez, je vous en prie; vous ne pouvez m'enlever un ami, ne me faites pas perdre un père.

OCTAVIO, réprimant son émotion. Tu ne sais pas encore tout, mon fils; j'ai encore quelque chose à te révéler. {Après vn moment de silence.) Le duc de Friedland a fait ses préparatifs, il se fie h son étoile, il croit nous surprendre à l'improviste & tenir déjà la couronne d'une main assurée. Il se t .npe. Nous avons agi de ' notre côté, et il arrive à son mystérieux et funeste destin.

MAX. Ne hâtez rien, mon père, je vous en conjure par tout ce qui vous est cher! Point de précipitation 1

OCTAVIO. Il s'avance silencieusement dans sa voie perverse; la vengeance le suit avec les mômes précautions. Déjà, sans qu'il la voie, elle se tient derrière lui, cachée dans l'obscurittJ ; encore un pas, et elle va i'at-

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teindre. Tu as vu près de moi Questenbcrg; lu ne connais encore que sa mission ostensible; il en a apporté une secrète qui n'est que pour moi.

MAX. Puis-je la connaître?

ocTAvio. Max, d'un mot je vais mettre entre tes mains le salut de l'empire et la vie de ton père. Wallenstein est cher à ton cœur, un lien puissant d'amour, de vénération, t'attache à lui dès ta première jeunesse... Tu nourris le désir... oh! laisse-moi aller au-devant de ton aveu tardif tu nourris l'espérance de lui appartenir encore de beaucoup plus près.

MAX. Mon père !

OCTAVIO. Je me fie à ton cœur, mais puis-je être sûr que tu te contiendras ? Pourras-tu paraître devant cet homme avec un front tranquille, quand je t'aurai révélé tout son destin?

MAX. Vous m'avez déjà révélé son crime. {Octavio prend dfs pnpiej^s dans une cassette et les lui présente]. Quoi ! comment ! une lettre de l'empereur?

OCTAVIO. Lis.

MAX, après y avoir jeté un rega^^d. Le prince jugé et proscrit?

OCTAVIO. Cela est ainsi.

MAX. Oh ! que les choses sont avancées! 0 déplorable erreur !

OCTAVIO. Lis encore. Remets-toi.

MAX, après avoir lu, regarde son père avec sio'prise. Quoi! vous êtes... vous?

OCTAVIO. Pour un moment seulement. — et jusqu'à ce que le roi de Hongrie puisse paraître à l'armée, — le commandement m'est confié.

MAX. Et croyez-vous pouvoir le lui arracher? Non, n'ayez pas cette pensée. Mon père, mon père ! on vous a donné une malheureuse fonction. Prétendez-vous faire valoir cet ordre, désarmer ce général puissant au milieu de ses troupes, de ses milliers de braves? Vous êtes perdu, et nous sommes tousperdus avec vous.

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