ACTE DEUXIEME
GEORGKS
Ah! qu est-ce que j'avais dit? Ridicule !... Écoute ça, mon bonhomme, écoute ça!
ISABELLE
Mais, dès les premiers jours, je Tai si nettement senti, Jeannine vous est devenue tout à coup si sympathique ! . . . vous ne la croyiez pas si intelligente que cela, cette petite!... Tenez, le soir même de notre mariage, après le coup de folie de Jeannine, alors que nous nous concertions, je me rappelle déjà que j'ai été obligée de vous interrompre...
GEORGES, stapéfait.
Moi?
Oui, quand je vous ai dit: « Nous la guérirons de vous », je me rappelle, vous m'avez répondu déjà de ce petit ton intraduisible : « Pas si sûr que ça î »
GEORGES
Moi??
ISABELLE
A ce point, que j'ai été obligée, vous ne vous en souvenez pas? de vous reprendre... et d'ajouter : « Mais si, mon ami, mais si... » en souriant, honteuse un peu pour vous.
GEORGES
C'est le comble, par exemple !
ISABELLE, continuant.
Et ça vous gênerait, en effet, qu'elle guérisse! ça vous vexerait... car elle ne peut guérir que par l'amoindrissement de votre charme! Vous verrez diminuer votre puissance de séduction jour par jour. . ah! ce sera dur! Et comme je comprends que vous désiriez voir se
82 L'ENCflANTEMENT ♦
prolonger cet état de choses le plus longtemps possible^ quitte à entraver mon ouvrage!... car c'est contre vous que je travaille, en effet, mon amî... et ce n'est pas commode... j'aurais mauvaise grâce à le nier! Je connais trop moi-même le pouvoir de vos armes 1
(Avec une révéreoce.) GlEOafiES, s'indinant.
Vous iêtes bien aîtnaMeT
Cependant vous vivez votr^ s«conde jeunesse. Et c'est ce qui vous donne cette mine d'admirabte prospérité !
GEORGES
Je ne vais pas mal, je VKwas remercie... Oh! du côté de la santé I... Enfin, je tâcherai d'aller moins bien, s*ii y a moyen.
ISABELLE
Tout cela est bel et bon... je ris maintenant, mais il y a des moments où je trouve cela moins spirituel I La situation a complètement dévié et se retourne contre moi. Ma parole, je deviens la femme ennuyeuse à laqtielle on se résigne ! C'est inouï !
GSORGES
Est-ce de ma faute ?
ISABELLE
Je comptais sur un peu de bonne volonté de part et d'autre... sur sa tendresse... sur...
GEORGES
Ah ! voilà bien le grand tort! Vous comptiez sur <ce que vous désiriez, tout simplement. Je vous ai assez prévenue, j'ai rabâché... maintenant vous êtes socialement responsable de nous! je ne m'en mêle plus, je ae