ACTE TROISIÈME i
JEANNINE
Vous voyez !
GEORGES, furieux, tout rouge.
Je vous défends d'ajouter un mot de plus, vous entendez I C'est révoltant, écœurant!
JEANNINE
On dirait que vous apprenez une nouvelle!
GEORGES, déambulant, les bras au ciel.
Et voilà la vie que vous nous faites!... Vous êtes embêtante!... Oh! ca!!... Vous pouvez vous vanter de savoir raser les gens avec une persistance!!... Heureusement on est meilleur que vous, on vous pardonne votre dada! Vous êtes aussi une gosse, une vraie gosse, et cela explique tout. Vous verrez plus tard, comme elle vous fera rire votre funeste passion, quand je serai encore un peu plus décati que maintenant, et que nous en recauserons avec votre mari, un garçon charmant
et bien mieux que moi... (Geste de protestation de Jeannine.) si,
si, bien mieux que moi ! Vous verrez mon nez dans son vrai jour alors. Regardez-le mon nez : si c'est celui d'un homme pour qui on se suicide!
JEANNINE, suppliant.
Georges, vous ne pouvez pas me refuser si peu de chose : Cinq minutes... consacrez-moi cinq minutes dans voire vie, dans toute voire vie! Comme c'est peu pourtant. Ne jamais vous parler, ne jamais m^épancher contre votre épaule!... Oh! voyez-vous, c'est l'idée fixe maintenant! et je mourrai contente... Quelques secondes de pitié. pour moi seule. Oh! ne reculez pas comme ça... je suis si loin!. . (Les larmes aux yeux.) Ecoutez, je souffre bien pour vous dire cela... j'ai beaucoup de peine, j'ai tant de peine!... et c'est pour vous!... Oh I aimez-moi, dites, aimez-moi!...
(Elle a dit cela sur un ton de petite plainte douce... et on Teotead pleurer.)
dI2 L'ENCHANTEMENT
GEORGES, ému.
Mon pauvre petit!
JEANNINE, reniflant ses larmes.
Merci. J'aime tant quand vous m'appelez mon pauvre petit! Ça me fait du bien pour quelque temps... (Vivement.) C'est vrai que j'ai des choses à vous dire... J'ai des papiers très sérieux à vous remettre... un grand, grand mystère... Je vous en conjure... ce soir, après dîner...
GEORGES, riuterrorapant.
Non, inutile! Pas de cachotteries. Ça ne prend plus.
JEANNINE
Bien, parfait! Où avais-je la tète, en effet? je suis slupide! Vous avez trop peur d'une scène! Vous manquez de chic, décidément vous n'avez pas d'allure, mon ami... Alors, c'est non, non?
GEORGES Non . (Brusquement, Jelinnine qui jouait avec le verre de couleur, le
casse.) Là ! VOUS l'avez cassé ! Je Tavais préparé pour ma lecture. C'est intelligent! Et vous vous êtes fait mal?... ohî mais très... vous saignez?
JEANNINE
Peuh ! (Georges a pris son mouchoir et lui essuie la main. Jeannine
essaye do se rapprocher.) GcorgeS !
(Il retire froidement sa main, met son mouchoir dans la pochette de son veston.)
GEORGES
Allons, il faut vous en aller, Jeannine. Vous savez que je vous lis, à tous, le premier chapitre de mon livre, dans un quart d'heure? Vous en êtes, n'est-ce pas? oui? .. eh bien, alors, il faut vous en aller...