SCÈNE XIV
du meurtre, fructus homicidii. Lisez : A. D. , Alfred Ducamp ! Ce carnet est peut-être tout ce qui reste aujourd’hui d’un artiste immortel , . dont les tableaux, que j’avoue n’avoir jamais vus, feront la gloire de notre époque , et l’admiration de la postérité I
Monsieur, il n’y a pas de preuves plus fortes que l’instinct d’une femme. Je ne me trompe pas ; vous aurez beau dire , et votre conduite est d’un homme féroce !
. LECOINCHEUX.
Madame !
MADAME PÉRARD
Tous ne m’avez jamais aimée. Si vous aviez eu seulement de la considération pour moi , vous n’auriez pas fait un tel esclandre dans ma maison !
LECOINCHEUX.
Madame !
MADAME PÉRARD
Et si vous m’aviez aimée , comme vous le dites , vous m’auriez accordé au moins la grâce de ce malheureux !
LECOINCHEUX.
Mais, madame, au nom du ciel ! je ne suis pas le roi , pour faire grâce !
L’ASSASSIN
Mais il est innocent ! mon cœur me le dit !
LECOINCHEUX.
Madame, le cœur est un juge, ou plutôt un juré qui se trompe souvent.
MADAME PÉRARD
Eh bien ! achevez votre ouvrage ! Traquez cet innocent comme une béte fauve ! saisissez-le épuisé, mourant, au sortir d’un danger qu’il a couru pour moi ! Traînez-le devant les tribunaux. Faites-le pâlir dans les cachots les plus noirs! Mais, je vous en préviens, si son innocence est reconnue, je le venge de vous, je le console de ses tortures, je l’épouse !
LECOINCHEUX.
Madame !
MADAME PÉRARD.'
Car je l’aime, entendez-vous, autant que je vous déteste ! Oui ; il m’a fait éprouver en quelques minutes des sensations délicieuses , dont ni vous ni M. Pérard ne m’aviez donné la moindre idée. Car ses dangers et ses angoisses me l’ont encore rendu plus cher, et il a gagné aujourd’hui dans mon affection tout ce que vous avez perdu. ( Elle sort.)