‹ Théâtre impossibleChapitre 115 sur 201 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

MADAME PÉRARD

(les explications ne vous suffisent pas, monsieur?

LECOINCHEUX.

Accusé Corbillon , parmi les témoignages accablants qui se réunissent contre vous, je ne ferai pas entrer en ligne de compte la déposition d’une humble fille des champs, employée au service de la noble et belle maîtresse de ce château. Je ne vous citerai pas les paroles de cette trop crédule Angélique, qui a commis innocemment l’imprudence de vous recueillir sous un toit respectable et respecté. Non, je neveux contre vous invoquer que vous-même. Écoutez les aveux tracés par la main qui a commis le crime, aveux arrachés sans doute à votre conscience faussée par la trop courte lucidité d’un remords, aveux qu’un hasard providentiel a fait tomber entre les mains de la justice , aveux qu’elle garde pour les mettre sous les yeux des âmes trop confiantes, qui diraient, faute de vous connaître : cet homme est innocent! Le voici, cet aveu, dont vous avez vous-même reconnu et constaté devant témoins la parfaite authenticité : «J’ai tué Alfred Ducamp. » C’est écrit, messieurs, c’est écrit d’une main ferme ; le coupable ne tremblait pas devant le miroir sanglant de son crime lorsqu’il a tracé

L’ASSASSIN

ces quatre mqjs pour sa condamnation et son supplice. « J’ai tué Alfred Ducamp ; » il Ta tué ! il a ravi à la France, à l’Europe, à l’humanité, non pas un homme obscur, un modeste travailleur, un ouvrier des champs, mais une gloire de notre pays, et si j’osais le dire, une étoile radieuse de notre ciel artistique! Et dans quel moment l’a-t-il tué? est-ce à la fin d’une carrière longue et remplie, lorsque l’arbre épuisé de sève ne pouvait plus porter de fruits? Non, il a moissonné dans sa fleur de trente ans cette jeunesse et cette gloire ! Dira-t-on qu’il a épargné à sa victime les tortures lentes de la misère qui font expier trop souvent à nos artistes les premières lueurs de la célébrité? Non, car la fortune qui aime les jeunes gens, suivait Alfred Ducamp dans sa course victorieuse et commençait à dorer les roues de son char triomphal. Une main pieuse a recueilli les moindres ébauches du peintre immortel , et la vente de ses derniers coups de pinceau a réalisé en quelques heures le total de cent vingt-sept mille francs !

ALFRED

Est-ce vrai? Votre parole d’honneur?

LECOINCHEUX.

Un total de cent vingt-sept mille francs !

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