‹ Théâtre impossibleChapitre 129 sur 201 · SCÈNE ITI · texte numérisé non relu

SCÈNE ITI

LE PRINCE

Chut !

LA PRINCESSE

Quoi donc !

LE PRINCE

C’est un mot qu’il ne faut pas dire.

LA PRINCESSE

Amour ?

LE PRINCE

C’est un mot déplacé, suivant l’opinion du révérend docteur Fuchs. A moins pourtant qu’il ne soit accompagné des adjectifs paternel, maternel , fraternel, ou filial.

LA PRINCESSE

Mais l’amour d’un mari pour sa femme et d’une femme pour son mari ?

LE PRINCE

N’est-ce point ce qu’on désigne sous le nom d’amitié conjugale ?

LA PRINCESSE

Non, non, c’est de l’amour. Je suis sûre du mot. Ma mère me l’a dit en toutes lettres lorsqu’elle m’a fait ses adieux.

LE PRINCE

Vraiment? Voilà qui est tout à fait nouveau pour moi. Et.... la reine votre mère ne vous a-t-elle point dit autre chose ?

L’ÉDUCATION D’UN PRINCE

LA PRINCESSE

Pardonnez ; elle m’a dit que vous étiez mon maître absolu et le seigneur de toute ma personne. Que, de la tête aux pieds, j’étais votre bien; que je devais vous obéir en tout, ne vous rien refuser, et me prêter à vos moindres désirs avec une complaisance entière.

Votre mère a bien fait de vous parler ainsi , Marguerite ! On dirait , Dieu me pardonne , qu’elle a connu ou deviné mon cœur. Oui , vous pouvez vous abandonner à moi sans réserve et m’accorder toutes mes demandes, car je suis trop galant homme pour vous rien demander.

Moi, abuser de la confiance de deux nobles familles et des privilèges illimités que me donne le plus auguste de tous les sacrements ! Jamais! D’ailleurs je n’ai besoin de rien. Et vous?

LA PRINCESSE

Ni moi non plus.

LE PRINCE

Il est vrai que, depuis tantôt un an, je me suis vu sujet à d’étranges malaises. Une secrète inquiétude, une alternative de vivacités sans cause et de langueurs sans objet....

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