SCÈNE III
LA PRINCESSE
Oh 1 je sais ce que vous voulez dire.
LE PRINCE
L’avez-vous donc éprouvé vous-même?
Oui. J’étais tantôt d’une tristesse morne, tantôt d’une gaieté nerveuse. Je dansais comme une folle pour m’étourdir....
LE PRINCE
C’est cela ! Moi , je chassais , je faisais des armes, je montais à cheval.
LA PRINCESSE
Et cependant , au milieu des distractions les plus bruyantes et des plaisirs les plus vifs, vous sentiez au fond de votre cœur un manque douloureux et indéfinissable.
LE PRINCE
Juste 1
LA PRINCESSE
Hé bien! J’ai entendu dire autour de moi que ce malaise serait guéri le jour du mariage.
LE PRINCE
Alors nous devons être guéris puisque nous sommes mariés.
LA PRINCESSE
11 parait.
L’ÉDUCATION D’UN PRINCE
LE PRINCE
Est-ce là l’idée que vous vous faisiez du mariage?
LA PRINCESSE
Moi? Pas du tout. J’avais une peur horrible.
On m’avait dit.... ma mère elle-même.... que le mariage était un état pénible, douloureux, hérissé de dangers !
LE PRINCE
Je crois que les grands parents inventent ces épouvantails pour éprouver notre courage. On m’avait bien dit, à moi, que la femme était une créature plus noire que le démon. Et vous êtes plus blanche de corps et d’âme qu’une goutte de lait.
LA PRINCESSE
Décidément, je ne regrette point de m’être mariée et je souhaite de vivre longtemps.
LE PRINCE
Vous avez dix-huit ans, moi vingt ; nous avons bien une cinquantaine d’années devant nous, et peu de chose à faire.
LA PRINCESSE
Comment, monseigneur! mais nous avons les occupations les plus sérieuses !
LE PRINCE
Ouoi donc?