‹ Théâtre impossibleChapitre 130 sur 201 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA PRINCESSE

Oh 1 je sais ce que vous voulez dire.

LE PRINCE

L’avez-vous donc éprouvé vous-même?

Oui. J’étais tantôt d’une tristesse morne, tantôt d’une gaieté nerveuse. Je dansais comme une folle pour m’étourdir....

LE PRINCE

C’est cela ! Moi , je chassais , je faisais des armes, je montais à cheval.

LA PRINCESSE

Et cependant , au milieu des distractions les plus bruyantes et des plaisirs les plus vifs, vous sentiez au fond de votre cœur un manque douloureux et indéfinissable.

LE PRINCE

Juste 1

LA PRINCESSE

Hé bien! J’ai entendu dire autour de moi que ce malaise serait guéri le jour du mariage.

LE PRINCE

Alors nous devons être guéris puisque nous sommes mariés.

LA PRINCESSE

11 parait.

L’ÉDUCATION D’UN PRINCE

LE PRINCE

Est-ce là l’idée que vous vous faisiez du mariage?

LA PRINCESSE

Moi? Pas du tout. J’avais une peur horrible.

On m’avait dit.... ma mère elle-même.... que le mariage était un état pénible, douloureux, hérissé de dangers !

LE PRINCE

Je crois que les grands parents inventent ces épouvantails pour éprouver notre courage. On m’avait bien dit, à moi, que la femme était une créature plus noire que le démon. Et vous êtes plus blanche de corps et d’âme qu’une goutte de lait.

LA PRINCESSE

Décidément, je ne regrette point de m’être mariée et je souhaite de vivre longtemps.

LE PRINCE

Vous avez dix-huit ans, moi vingt ; nous avons bien une cinquantaine d’années devant nous, et peu de chose à faire.

LA PRINCESSE

Comment, monseigneur! mais nous avons les occupations les plus sérieuses !

LE PRINCE

Ouoi donc?

Page 1