‹ Théâtre impossibleChapitre 131 sur 201 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA PRINCESSE

D’abord, il y a du bien à faire dans nos États. .

LE PRINCE

Hélas !

LA PRINCESSE

Le peuple n’est pas heureux, dit-on.

LE PRINCE

Vous oubliez que nous ne régnons pas encore.

LA PRINCESSE

N’importe. On peut s’exercer au gouvernement sans porter le poids de la couronne. Votre père le permettra, s’il est sage. Pourquoi ne vous confierait-il pas une province, un ministère, une vice-royauté, que sais-je? Vous vous montrerez libéral, vous deviendrez populaire : c’est ainsi qu’on désarme l’opposition.

LE PRINCE

Oh ! Mais on ne m’avait pas dit que vous saviez la politique.

LA PRINCESSE

Je ne la sais pas encore, mais je l’apprendrai pour l’enseigner à notre fils.

A propos! nous aurons donc un fils?

LA PRINCESSE

Oui, seigneur, dans deux ans.

L’ÉDUCATION D’UN PRINCE

LE PRINCE

Et pourquoi pas cette année? Et pourquoi pas tout de suite?

LA PRINCESSE

Parce que je veux une fille d’abord. Ne me refusez pas cette petite satisfaction. Les princes n’appartiennent pas à leur mère. On nous les prend tout petits, on les habille en soldats, on les fait monter à cheval : nous n’en jouissons pas. Je veux donc avant tout une jolie petite princesse que j’élèverai moi-même, qui grandira sous mon aile, et qui ne me quittera qu’à l’âge de seize ou dix-huit ans pour épouser un méchant prince comme vous.

LE PRINCE

Moi je voudrais d’abord un fils, pour assurer la succession au trône. Quand nous serons en règle avec la dynastie , nous aurons le temps d’avoir des filles en aussi grand nombre qu’il vous plaira.

Je ne vous dissimulerai pas, mon cher prince, que ma mère, en me disant adieu, m’a demandé une petite-fille.

LE PRINCE

Vous avez entendu vous-même, ma chère

Page 1