SCÈNE III
et jusque dans les emportements de la passion vous n’aimez que vous-mêmes.
LE DUC
Je ne vous aime donc pas , Léonie ?
A merveille ! appelez-moi par mon petit nom!
il ne vous manque plus que de me tutoyer !
LE DUC
Numa tutoyait Égérie, le poète tutoie sa muse.
Vous êtes plus grand politique que Numa et plus grand poète que tous les rimeurs que j’ai lus. Quant à moi, monseigneur, je ne suis ni une muse ni une Égérie, mais une pauvre fille horriblement triste depuis quelques jours.
LE DUC
Serait-il vrai? Hàtez-vous donc de me conter vos peines.
Non, parlons plutôt de vous. Vous pensez bien que je n’ai pas l’dme assez puérile pour vous raconter une Iliade de combats entre l’amour et le devoir. Votre dernier discours , monsieur le duc, a produit une impression profonde. Pour ma part, je l’ai relu trois fois au Moniteur.
LE DUC
Quoi! vous avez trouvé le temps? Ces maudits imprimeurs m’ont laissé bien des fautes.... Mais dites-moi vos chagrins !
l.ÉONIE.
Ils ne méritent pas d’occuper un génie comme le vôtre. D’ailleurs je les ai totalement oubliés, je vous jure , tout le temps que je vous ai lu. Quel style! quelle grandeur! quel superbe mépris des criailleries de l’opposition! Ah! j’aurais voulu vous entendre. Ce n’est pas de l’éloquence, cela ! c’est la foudre dans la bouche d’un homme!
LE DUC
Hé! non, ma chère enfant! c’est tout modestement de l’éloq.... enfin ce que vous aviez dit d’abord. Je vous enverrai des billets pour la séance de lundi et vous jugerez cela vous-méme. Par exemple, j’ai eu un mouvement heureux, un seul. Non pas que je me pique d’avoir été sublime, comme ils l’ont dit dans quelques journaux, mais enfin j’ai parlé d’une certaine hauteur. C’est lorsque j’ai dit.... pardonnez si je tronque un peu le texte : « Exiger que je dépose sur le bureau les pièces relatives aux négociations pendantes, c’est vouloir ébranler le crédit dans sa base, terroriser les intérêts , livrer à l’étranger