SCÈNE III
le duc, épouvanté.
(Ju’est-ce à dire ? y pensez-vous? quelle est cette cruelle plaisanterie '!
Ce n’est pas une plaisanterie ; c’est un vœu. 11 n’y a rien de plus triste au monde que la condition de vieille fille. Je l’ai redoutée dès l’enfance, et rien que d’y penser, je sentais mes joues se couperoser et mon nez s’allonger en pointe. Je me suis juré que je ne subirais pas les affronts que la société réserve aux célibataires de mon sexe et que je prendrais le voile au bout de ma vingt-sixième année si je n'avais pas trouvé un mari. Hé bien! monsieur le duc, l'échéance que j'avais fixée moi-môme, c’est demain. Demain j'entre au couvent, à moins toutefois....
LE DUC
A moins.... parlez, de grâce! mais je ne veux pas que vous.... Dans un moment pareil ! lorsque votre cœur. Ah ! je l’empêcherai bien, coûte que coûte !
C'est que la chose n’est ni vraisemblable , ni même possible.
LE DUC
Bien n’est impossible à l’amour.
Hélas! ce n’est plus d’amour qu’il s’agit. J’entre au couvent demain , vous disais-je, à moins que par miracle je ne trouve ce soir un mari.
LE DUC
Mais dans le mariage, aussi bien que dans le couvent, vous ôtes perdue pour moi!
Vous croyez?
LE DUC
Vous ôtes un ange !
L’expression n’est pas heureuse, au moment où je trahis le secret de ma faiblesse. Oui, mon cher duc, il doit être bien difficile de se défendre contre vous, lorsqu’on est émancipée par le mariage.
LE DUC
Mais mariée ou non, si vous m’aimez....
Oh! c’est difficile. Une fille, et surtout une lille sans fortune, comme moi, ne saurait manquer à ses devoirs sans tomber au-dessous de tout. Le monde est aussi impitoyable pour les fautes d’une demoiselle qu’il est indulgent pour les péchés d’une femme.