SCÈNE III
Le mot n’est pas de la dernière courtoisie.
LE DUC
Pardonnez-moi. Je voulais dire : mon humble requête , mais lorsqu’on est pressé par le temps on peut errer dans le choix des mots.
Je passe condamnation.
LE DUC
Si je vous trouve un mari dans la soirée, vous écouterez après le bal la lecture de ma pièce.
Est-ce tout ?
LE DUC
Oui, madame.
Merci ! vous êtes comme Scipion l’Africain.
LE DUC
Un instant. Vous sentez bien que cette lecture ne peut avoir lieu au ministère.
Oue je suis enfant, à mon âge ! J’oubliais madame la duchésse.
LE DUC
Je vous en prie , ne parlons pas de la duchesse. •Vous ne voulez pas me faire de la peine?
C’est donc vrai , ce qu’on dit ? vous 1 aimez , et les autres ne sont pour vous que des distractions?
LE DUC
Je vous jure que vous n’avez pas lieu d’être jalouse. Le nom que vous avez prononcé n est pour moi qu’un souvenir , un regret , un remords si vous voulez ; mais tout mon amour est à vous.
C’est pourquoi vous viendrez lire ce beau drame dans le petit hôtel de la rue Êblé , chez ma tante ? nous le voulons bien.
LE DUC
Mme de Guiscard sera fatiguée , elle dormira en rentrant : à quoi bon la réveiller.
Un rendez-vous nocturne en tête-à-tête ! voilà tout uniment ce que vous me demandez.
LE DUC
Vous ne me l’accorderez que si votre mariage est décidé ce soir.
Hé bien.... soit. Je ne risque pas grand’chose; vous ne me trouverez pas de mari.