SCENE VIII
LA DUCHESSE
Dieu ne le défend pas. Est-ce ce beau jeune homme que j’ai trouvé auprès de vous?
M. Lentz? Je l’épouse.
LA DUCHESSE
Mais alors....
Mais celui que j’aime.... ce n’est pas lui!
LA DUCHESSE
Il f n’y a pas à hésiter un instant : épousez l’autre !
L’autre.... n’est pas libre, il est marié, et pour tout dire en un mot, car le temps presse, c’est M. le duc de Clarigny. ,
LA DUCHESSE
Mon mari!
Oui , madame. Pardonnez-moi la brutalité d’un aveu si étrange. Croyez, madame la duchesse, que j’aimerais mieux mourir cent fois que de vous offenser une seule. Ce n’est pas à l’épouse outragée que je viens ouvrir les replis les plus secrets de mon cœur, c’est h la sainte!
LA DUCHESSE
Eh ! vous ne m'offensez en rien, chère petite; vous m’étonnez, voilà tout. Savez-vous que le duc a bien le double de votre âge? qu’il pourrait être votre père? c’est un homme d’un grand mérite assurément, j’aurais mauvaise grâce à le nier; mais enfin il n’a ni la taille ni la figure d’un séducteur.
11 est beau , madame. Oh ! oui , bien beau ! ses yeux....
LA DUCHESSE
En effet , l’œil est intelligent.
Ses yeux lancent des éclairs ! Il a le regard de l’aigle et je ne suis "pas la seule femme, allez ! qui en ait été éblouie. Et sa bouche , madame la duchesse !
LA DUCHESSE
Je n’ai jamais remarqué que sa bouche eût rien de particulier.
Quoi! cette finesse, cette bonté, ce sourire à la fois tendre et pénétrant! Oh! madame! il est impossible de voir cette noble et jolie bouche sans être ravie d’admiration.