‹ Théâtre impossibleChapitre 194 sur 201 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

mais je l’ai toujours dit. Le duc a pu commettre des fautes, mais c’est un noble cœur.

Et malheureux, madame la duchesse!

LA DUCHESSE

Malheureux! Qu’entendez-vous par là?

Je veux dire accablé d’une profonde et incurable mélancolie.

LA DUCHESSE

Le duc ?

N’en doutez pas; il me l’a avoué. C’était à un bal des Tuileries , l’hiver dernier. Vous n’y étiez pas, madame. Je rencontrai M. le duc seul, dans l’embrasure d’une fenêtre , contemplant dans la nuit ces mille lumières éparses qui scintillaient au-dessus de Paris. En me voyant approcher, il s’essuya les yeux du revers de son gant, mais rien n’échappe au regard d’une femme. « Vous avez pleuré, lui dis-je à demi-voix. — N’en dites rien, reprit-il, j’ai deux blessures saignantes au fond de l’àme : une affection et un remords. »

LA DUCHESSE

Il a dit un remords!

Oui , madame. Il a dit encore beaucoup d’autres choses que je ne me rappelle plus. lia parlé d’une réconciliation avec Dieu.... non, avec une personne.... si! avec Dieu! Peut-être les deux à la Cois, mais je vous l'ai dit, je ne me rappelle plus. Et moi, c’est en le voyant inconsolable que je me suis mis en tête de le consoler.

LA DUCHESSE

Mais c’est de la dernière inconv.... Je veux dire, mon enfant, que vous auriez dû.... que la religion.... votre intérêt.... votre avenir.... J’espère au moins que vous avez su lui cacher cette passion.... bizarre?

Oh! non, madame! je l’aimais trop. Il m’a parlé comme vous, dans les commencements. Il paraissait tâché, ou du moins contraint. Il disait que son cœur était trop plein du passé pour qu’un nouveau sentiment y prît place, (/turc animation.) Mais j’étais folle; un démon me poussait à ma damnation; j’oubliai tout, devoir, intérêt et jusqu'à la dignité de notre sexe; je le suppliai de me perdre, et entin il a dit oui; je l’ai forcé de prendre la clef de notre maison, et cette nuit, après le bal, ma tante endormie, je l’attends.

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