ACTE DEUXIÈME, SECONDE PARTIE. U\b GÉRARD, à part
Elle pleure!
MARCELLE
J'ai lutté! Quand je vous ai rencontré, j'ai fait ce que j'ai pu; mais dire non au bonheur qui venait à moi, mourir sans avoir vécu, je n'en ai pas eu la force. Je ne vous ai donné que mon âme, mais c'était plus qu'il ne m'était permis. Je suis punie justement. Mais que ce soit par vous, c'est cruel.
GERARD, se jetant à ses genoux
Marcelle, ne pleurez pas!
MARCELLE
C'est fini. J'aurais besoin plus qu'une autre qu'on fût bon pour moi. La première fois que nous nous sommes parlé, je vous ai dit que je n'étais pas très heureuse. Vous avez vu ce jour-là comment mon mari est avec moi. Si je me suis réfugiée à la campagne, ce n'est pas seulement pour ma tranquillité, c'est pour ma dignité. Je n'avais que vous, et voilà que je ne vous ai plus.
GÉRARD
Marcelle !
MARCELLE
Et ma vie, déjà si peu gaie, va le devenir moins encore à présent que mon mari sait que je vous aime.
GÉRARD
Eh bien, allons-nous-en!
MARCELLE
Nous en aller !
GÉRARD
Alors, plus de jalousie ! Qu'est-ce qui fait que je suis inquiet, prompt à toutes ks défiances et à tous les emportements? C'est que nous sommes sépares. L'un sans l'autre, on s'exagère tout, on voit tout en noir. Sais-tu une pensée qui m'est venue souvent? Tu tomberais malade que je n'aurais pas le droit de te soigner, de passer les nuits à ton chevet, d'entrer dans ta chambre. Allons-nous-en! Tu verras quelle existence je te ferai ! Si tu savais comme je t'aime ! Tu as vu tout à l'heure, il t'a suffi d'une larme pour éteindre toute ma colère. Mais tu n'aurais même plus de colère à éteindre puisque je ne serais plus jaloux. Je ne serais plus que tendresse et reconnaissance. Je t'adore! Tu veux bien?
C'est impossible !
Pourquoi?
Pour vous.
Pour moi?
MARCELLE
GÉRARD
MARCELLE
Nous en aller? La tentation m'en est venue plus d'une fois. Mais je l'ai bien vite rejetée. J'ai pensé à ce que vous laisseriez derrière vous, à vos habitudes rompues, à votre pays quitté, à vos amis, à votre mère. Et si un jour vous vous repentiez... Oh! dans ce moment il ne vous semble pas que cela se puisse;