ACTE TROISIÈME, PREMIÈRE PARTIE. Î8I
me dire que vous ne valez pas un souvenir d'un lionnête liomme, je ne puis guérir. Lcâclie que je suis ! Je regretterais moins une femme qui en serait digne. Glorifiez-vous, je déshonore les larmes en vous pleurant.
CÉLINE
Au fond, cela veut dire que vous m'aimez encore. Mais vous avez une manière à vous de faire les déclarations...
PHILIPPE
J'avais la haine dans l'àme, mais elle n'en serait jamais sortie... Je m'étais contraint à vous revoir, à être de vos plaisirs, à supporter votre Prosper, à dîner chez ce Jorgan qui est l'auteur de tout, puisque c'est pour son argent que vous vous êtes mariée. Mais voici les trahisons qui recommencent. Ah ! cette fois, bas les masques! j'ai ôté le mien, j'arracherai les vôtres! Ah! je redeviens moi-même. Je suis content. Il y a longtemps que je n'avais aussi bien respiré!... Si j'irai à Brévannes? Je crois bien que j'irai! Votre beau-père est imprudent de m'y faire aller. Je suis dans une disposition d'esprit où l'on fait bon marché de sa vie et de celle des autres. Dites à votre beaupère de prendre garde à lui.
En voilà une série d'extravagances! Mais, d'abord, comment monsieur Jorgan aurait-il pu vous brouiller avec Gérard?
PHILIPPE
Je ne sais pas, mais il l'a fait.
CÉLINE
Et puis, pouriuoi, s'il voulait vous dénoncer, se dénoncerait-il lui-môme en vous faisant prendre chez lui plutôt que chez Sergent?
PHILIPPE
Je ne sais pas, mais il le fera.
CÉLINE
Vous ne savez pas! vous ne savez pas! Je sais, moi, que vous êtes un grand fou d'avoir de ces idées-là. Et de m'y mêler encore! Il est évident qu'une femme qui épouse un autre homme est capable de tous les crimes, son mari un malfaiteur et son beau-père un scélérat. Eh bien, non, monsieur, je ne suis pas encore si criminelle. Je vous assure que, pour ma part, je ne suis pas du complot. Et j'ai pour cela une bonne raison, c'est qu'il n'y a pas do complot Je vous le dirais maintenant. Ainsi, vous m'aimez toujours! Vous souiïrpz! Vilain sournois, qui me le cachait! Et qui avait l'air si vrai que je m'y suis trompée. Oui, j'en étais venue à croire que c'était fini. Et, puisque vous avez été franc, je serai franche aussi, j'en étais vexée. C'est ce qui fait que j'étais toujours à vous agacer et à vous tourmenter. Mais à présent nous allons être amis pour de bon. Faisons la paix, mais là, sincèi'ement. Je ne vous taquinerai plus jamais. Vous me direz comment vous voulez que je sois avec vous. Donnez-moi la main. Voyons, ctes-vous convaincu?...
PHILIPPE
Dites à votre beau-père de prendre garde à lui...
II sort.
SECONDE PARTIE
La nuit.— Une rue qui longe la petite grille et le mur du parc de Bréyannes — Dans le parc, à gauctie, le pavillon, dans lequel on voit de la lumière.— Dans la rue, un réverbère allumé.