ACTE TROISIEME
MAX
Vous pensez?...
HENRIETTE
Je pense que vous vous moquez de moi. Oui, comme je sors du couvent, vous me traitez en petite fille. Mais je suis moins petite fille que je n'en ai l'air. Et la preuve, c'est que, ce que vous ne me dites pas, je le sais...
Vous savez?
HENRIETTE
Oh ! vous avez beau faire le mystérieux.
MAX
Je fais le mystérieux?
HENRIETTE
C'est impatientant, à la fin! Voyons, croyez-vous que je ne devine pas?
MAX
Que devinez-vous?
HENRIETTE
Avec cela que c'est difficile! Croyez-vous que, parce qu'on sort du couvent, on ne voie rien? Au contraire! Savez-vous ce que c'est que le couvent? Tenez, regardez cette volière. C'est un couvent d'oiseaux. Us sont prisonniers, alors ils bavardent. C'est tout le couvent en deux mots. Or, de quoi voulezvous que des petites filles, — puisqu'on est des petites filles pour vous, — bavardent entre elles, sinon du mariage?
250 NOËL
'lAX.
Du mariage?
HENRIETTE
il en résulte que nous sommes très fortes là-dessus, et que nous le constatons à son premier symptôme.
Eh bien?
HENRIETTE
Eh bien, règle générale : quand on nous fait sortir du couvent, c'est pour nous marier. Je sors du couvent, donc on me marie. Avec qui? C'est la question que je me suis faite dès la première minute. Et il n'est pas nécessaire que je vous dise si la question m'intéressait, et si j'ai regardé de tous mes yeux. Avant-hier, mon père a donné une fête. C'est moi qui, sans en avoir l'air, ai observé tous les jeunes gens qu'on m'a présentés! Mais il y en avait trop, ça ne voulait rien dire. Vous avouerai-je que j'ai eu l'impertinence de ne pas vous distinguer des autres? Oh! mais pas du tout. Ça ne m'a rien appris. Hier on a cru que j'avais besoin de me reposer. Aujourd'hui première sortie. Où mon père me mène-t-il? Chez vous, où je suis reçue d'une façon plus qu'exceptionnelle. Mon père et le vôtre afifectent un moment de me promener dans le jardin, mais presque aussitôt ils m'amènent à vous et, sous un prétexte quelconque, nous laissent seuls. Donc...
MAX
Donc?