CHOEUR DES MOTS
Nous sommes les mots! l'essence!
La puissance !
Tous les objets existants, Sans nous locaux et frivoles,
Aux paroles Doivent l'espace et le temps.
L'homme parle ! Alors il lève
Haut son rêve, Et, laissant les animaux Brouter la tête baissée.
Sa pensée A trouvé Dieu dans les mots.
Car Dieu, c'est nous qui le sommes! Et les hommes
Quittent ce qui leur fut cher Et brisent avec tumulte Trône et culte Quand le Verbe se fait chair.
Cn coup de canon lointain. Le chœur se tait. Aussitôt on voit tressaillir le mot Fiai Les, apparent au bas du verso. Peu à peu il prend une forme humaine, la barre supérieure de l'F devient une longue plume qui se redresse sur un chapeau, la barre d'en bas devient des pieds, la barre du milieu deux mains jointes, et le trait vertical le profil d'un corps.
Fiat Lux se détache de la page, et avance en se frottant les yeux. FIAT LDX.
Je ne me trompais pas. C'est le canon qui gronde. C'est le signal humain qui me dit que le monde A besoin une fois encor d'un mot nouveau Pour le mener plus loin. — Allons, lils du cerveau, Vite!
Tourné vers le dictionnaire, et d'une voix solennelle :
Moi, Fiat Lux, la parole première, Moi, le grand mot divin, père de la lumière, Je vous évoque tous de ce vil parchemin Et vous dis d'apparaître avec un corps humain.
Les mots sortent en foule du dictionnaire, masculins, féminins, à la mode de tous les temps et de tous les pays. — Fiat Lux continue.
La révolution recommence sur terre.
Il paraît que le mot dont leur route s'éclaire A fait son temps. Il va falloir le remplacer. Par lequel de vous ? C'est à quoi je vais penser. Tenez-vous prêts toujours.
On entend des cris.
Quel est ce bruit?