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ACTE DEUXIÈME, PREMIÈRE PARTIE. 141 CÉLINE

Eh bien, elle me déplaît maintenant.

PROSPER

J'obéis. Mais vous le confesserai-je? Vous m'enracinez dans cette opinion que les femmes sont difficiles à connaître. Oui, tout à l'heure, cette fête vous plaisait; vous étiez gaie, aimable, au point de l'être avec moi. Vous me preniez le bras, vous vous j appuyiez, vous leviez sur moi la caresse de vos regards, que dis-je? vous me tutoyiez! Et cela devant M. Philippe! Le jour où, ce que j'ai cru et que je veux croire encore, mon bonheur a permis que je vous présentasse à la mairie, puis à l'autel, vous me dites que, M. Philippe vous ayant demandée, nous serions imprudents d'irriter par un étalage de notre amour réciproque son regret de ne vous avoir pas obtenue. Réflexion juste en elle-même, mais dont vous avez peut-être exagéré l'application en ne limitant pas votre froideur aux moments où M. Philippe était présent et en l'étendant jusqu'aux heures où personne ne pouvait nous surprendre. Telle était votre attitude. Ce n'est donc pas sans une surprise profonde, agréable d'ailleurs, que je vous ai vue ce soir, vous si réservée avec moi en particulier, devenir tendre en public, me dire des mots qui me troublaient, m'inviter à valser avec vous, vous serrer contre mon cœur devant M. Philippe, je le répète, devant M. Philippe! Et à peine M. Philippe nous a-t-il quittés que vous redevenez de glace pour moi, que cette fête vous assomme et que vous voulez partir à l'instant même ! Tenez, vous me réduisez à

la nécessité pénible de vous déclarer que je ne vous comprends pas !

CÉLINE

Tant mieux pour vous !

PROSPEH.

Tant mieux pour moi ! Chacune de vos syllabes me plonge dans un abîme de stupéfaction. Tant mieax pour un homme qui, doué de quelque intelligence naturelle, l'a développée par quelque éducation et qui est marié depuis huit mois, tant mieux pour lui de ne pas comprendre sa femme l II me semble pourtant que la société n'offre guère de positions moins enviables.

CÉLliSE.

Si vous ne faites pas avancer la voiture, je pars sans vous.

JORGAN, eniram.

PrOSperl (Prosper qui sortait, se retourne.) VoUS COnuaiSSeZ

Gérard Bréhal ?

Si c'est connaître quelqu'un, que de connaître son extérieur.

JORGAN.

J'aurais un mot à lui dire. Vous seriez bien aimable d'aller me le chercher.

PROSPER

Je remplirai volontiers celte petite ambassade, (ii «on.)

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