‹ Theatre italien de M. de Florian (volume 2)Chapitre 41 sur 108 · ACTE III, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIII

nant ce papier ? Vous n’avez pourtant pas rougi , lorsqu’avec un air de franchise et de tendresse , ici , à cette même place , vous nous demandiez pardon ; vous parliez à ma sœur de mariage et d’amour, tandis que vous aviez tout conclu pour en épouser une autre demain. Allez : l’homme capable d’une ruse aussi indigne doit tirer vanité de n’être ému de rien : osez me regarder , c’est à moi de rougir.

LE MARQUIS, après une pause.

Oui, vous avez raison. J’ai pu vous cacher un mariage... qui ne se seroit pas fait ; il est juste que j’en sois puni. Rendez-moi cette promesse; (Il la prend.) c’est le seul bien qui me reste : mais j’en suis indigne, il faut y renoncer.

( Il la déchire. ) Allez , abandonnez un malheureux qui ne mérite que votre mépris. Mais hâtez -vous de l’aban-

donner : si vous saviez combien il est à plaindre, peut-être...

Vous, à plaindre! Et tout succédé à vos vœux : vous épousez, dit- on , une feirime de qualité dont le crédit doit vous porter au comble des honneurs ; vous jouissez d’une fortune immense; Votre mere vous idolâtre; tout ce qui vous entoure n’est occupé que de vous plaire; rien ne peut altérer tant de bonheur. Le seul souvenir d’un ami et d’une maîtresse que vous avez trompés, pourroit vous importuner dans vos plaisirs : mais vous n’entendrez jamais parler d’eux ; et dans la classe où vous allez monter, on oublie aisément les malheureux qu’on a faits.

LE MARQUIS

C’en est trop, Colin ; respectez mon malheur: apprenez...

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