ACTE III, SCENE IX
LE MARQUIS
Colette , vous déchirez mon cœur et vous l’enflammez. Non , je ne vous aipas trompée; dèsl’instant où je vous ai vue , j’étois résolu de rompre ce mariage. Si je vous l’ai caché ; c’étoit pour ne pas paroître si coupable ; c’étoit pour ne pas vous affliger.
COLETTE
Si vous aviez jamais aimé, vous sauriez que la plus affreuse nouvelle n’afflige pas autant que le plus léger manque de confiance.
LE MARQUIS
Eh bien! Colette, décidez de mon sort. Je suis au comble du malheur:
sans ressource, abandonné de tout le monde, je n’ai d’appui que vous seule.
Rendez-moi votre cœur, j’accepte vos bienfaits : mais si vous ne m’estimez pas , si vous ne m’aimez plus , vous
78 JEANNOT ET COLIN, avez perdu le droit de m’être utile ; je ne veux rien vous devoir.
COLETTE
Quoi! vous voulez...
LE MARQUIS
Je veux mourir, ou être aimé de vous : cette volonté ne m’est pas nouvelle.
COLETTE, après une pause.
Mon frere , si nous l’abandonnons , personne ne viendra le secourir.
Point de pitié , Colette ; ce sentiment est affreux quand il succédé à l’amour. Haïssez-moi, ou pardonnez comme vous me pardonniez autrefois.
COLETTE, le regardant.
Ah! que l’infortune vous va bien !
Depuis que vous êtes malheureux, vous ressemblez bien davantage à ce Jeaunot que j’ai tant aimé.