ACTE I I I , S C E N E II
Où sommes-nous ?
Rassurez-vous tous deux :
Nous ne sommes pas loin du séjour de Zélie.
Pourrai -je la revoir?
Mon cher fils , le génie Régné dans ce pays affreux ;
U11 mot perdroit vous et votre maîtresse. Peut-être pourrons-nous l’arracher de ses mains ,
A force de soins et d’adresse;
Mais du secret dépendent mes desseins :
Soyez docile, et laissez-vous conduire.
Je ne veux point ici vous dire Que vos chagrins et vos malheurs Ne sont venus que par votre imprudence :
Je pardonne à l’amour; je connois sa puissance.
Et je sais que votre âge est le temps des erreurs , Comme le mien celui de l’indulgence.
Vous voyez ce qu’un fils nous coûte de soupirs : Toujours tremblantes , incertaines ,
ïyo LE BAISEE.
Nous ignorons tous ses plaisirs ,
Et nous sentons toutes ses peines.
Ici , mon art feroit un inutile effort ;
Je ne peux réussir qu’en abusant Phanor.
J’ai des droits à sa confiance ;
C’est moi qui lui montrai cet art si dangereux De commander à la nature entière :
Et le cruel emploie au malheur de la terre L’art que je lui donnai pour faire des heureux ! Cela seul me rendroït fa secrete ennemie.
Je cherche à me venger en vous rendant Zélie;
Et je satisferai votre cœur et le mien En trouvant à la fois la douceur infinie De punir un ingrat et de faire du bien.
Je vous devrai plus que la vie.
SIRENE, lui montrant la tour.
Regardez , et voyez la prison de Zélie.
C’est là que le cruel Phanor...
Que dites-vous ?
ACTE III, S C E N E II. ip alamir, courant vers la tour • Non, je ne puis contenir mon transport :
Je veux la voir , je veux du moins l’entendre ,
Lui parler...
Mon cher fils, qu’osez- vous entreprendre
Jeune imprudent , écoute-moi :
Veux-tu perdre à la fois et Zélie et ta mere ?
Veux -tu les voir mourir pour toi ?
Si de Phanor tu braves la colere ,
Tremble du moins pour ceux que tu chéris ; Seconde mieux les projets de Birene.
Pour te rendre l’objet dont ton cœur est épris.
Dans ces lieux ma science est vaine.
Sais-tu quel talisman s’oppose à mon effort ?
Tant que de cette tour je n’aurai point l’entrée.
Je ne peux rien contre Phanor;
Mais ta Zélie est délivrée Si je pénétré un moment dans la tour.
ALAMIR
Ah ! ne l’espérez point ; éveillé par l’amour,
Phanor garde trop bien l’objet de sa tendresse.
Moins il en est aimé , plus son œil vigilant
ïp LE BAISER.
Sur son trésor doit être ouvert sans cesse.
Un amant malheureux n’est jamais imprudent.
B1RENÎ,
J’espere cependant confondre sa prudence.
Je te l’ai dit , l’ingrat a reçu mes bienfaits ,
Et ne sait pas à quel point je le hais :
Mes discours obtiendront bientôt sa confiance.
Pour mieux confirmer son erreur.
Je parlerai de toi comme ton ennemie;
En un mot , je dirai , pour délivrer Zélie ,
Tout ce qu’à mon esprit pourra dicter mon cœnr. Mais dans ces lieux Phanor peut nous surprendre Retirez-vous, sans trop vous écarter;
Et malgré les discours que vous pourrez entendre , Rien ne doit vous inquiéter.
Je ne vous parle pas de la reconnoissance Que nous devons à vos soins généreux.
Vous ne m’en devez point; je contente mes vœux ; Le plaisir d’un bienfait en est la récompense.