ROMANCE
L’autre jour , au bord d’un ruisseau ,
Je m’endormis sur l’herbe tendre.
Mon chien veilloit à mon troupeau ,
Mon chien ne pouvoit me défendre.
Bientôt , aux accents les plus doux ,
Je m’éveille toute surprise ;
Je vois un prince à mes genoux ,
Qui me dit d’une voix soumise î
« Vous qui devez, donner des loix «Dans les palais comme au village,
« Êtes-vous la nymphe des bois ,
« A qui tout chasseur doit hommage l
« Parlez , daignez me rassurer ;
« Si vous n’êtes qu’une bergere ,
« Sans cesser de vous adorer , ce J’oserai prétendre à vous plaire.
Ma sœur, c’étoitle souverain Qui régné sur cette contrée.
Juge quel sera mon destin ,
Si de lui je suis adorée.
VERMEILLE
En vérité , ma sœur, je ne peux rien comprendre A ce bonheur que tu semblés attendre.
BLANCHE
Je te l’ai dit; celui qui me parloit ainsi Est le prince qui régné ici.
Songe donc qu’il m’adore , et que je peux prétendre A partager son trône en acceptant sa main»
VERMEILLE
Toi, ma sœur?
Seroit-il le premier souverain Épris d’une simple bergere ?
Épouser ce qu’on aime, est-ce un effort si grand? L’amour ne connoît point de rang :
Le plus beau titre c’est de plaire.
VERMEILLE
Mais Colin...
blanche.
Je saurai le combler de bienfaits ; Malgré tous ses défauts, malgré sa jalousie ,
Je l’aime , et je ferai le bonheur de sa vie En le rendant riche à jamais.
VERMEILLE
Tu t’abuses, ma sœur; rien ne nous dédommage De la perte d’un cœur qu’on a cru posséder. Pardon, si j’ose te gronder;
Mais tu devrois faire un voyage Chez cette fée aimable et sage Qui prit soin de nous élever Bien mieux qu’il ne convient à de simples bergeres.
I Sa BLANCHE ET VERMEILLE.
Tu sais depuis long-temps que nous lui sommes chetët Allons la voir.
BLANCHE
Crois-tu qu’elle daigne approuver Que je quitte les champs pour aller à la ville ?...
Tu ne me réponds pas... Mais toi-même, à la fin, Donne-moi ton avis.
Vermeille.
Il seroit inutile;
ïe pense là-dessus comme feroit Colin.
BLANCHE
Le voici : je crains sa colere ,
Laisse-moi l’éviter.
VERMEILLE
Non , ma sœur , au contraire.
Il faut parler. Je vous laisse tous deux :
Blanche , quand on devient volage , îl faut au moins conserverie courage D’en avertir l’objet que l’on rend malheureux,