‹ Theatre italien de M. de Florian (volume 2)Chapitre 91 sur 108 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

L’autre jour , au bord d’un ruisseau ,

Je m’endormis sur l’herbe tendre.

Mon chien veilloit à mon troupeau ,

Mon chien ne pouvoit me défendre.

Bientôt , aux accents les plus doux ,

Je m’éveille toute surprise ;

Je vois un prince à mes genoux ,

Qui me dit d’une voix soumise î

« Vous qui devez, donner des loix «Dans les palais comme au village,

« Êtes-vous la nymphe des bois ,

« A qui tout chasseur doit hommage l

« Parlez , daignez me rassurer ;

« Si vous n’êtes qu’une bergere ,

« Sans cesser de vous adorer , ce J’oserai prétendre à vous plaire.

Ma sœur, c’étoitle souverain Qui régné sur cette contrée.

Juge quel sera mon destin ,

Si de lui je suis adorée.

VERMEILLE

En vérité , ma sœur, je ne peux rien comprendre A ce bonheur que tu semblés attendre.

BLANCHE

Je te l’ai dit; celui qui me parloit ainsi Est le prince qui régné ici.

Songe donc qu’il m’adore , et que je peux prétendre A partager son trône en acceptant sa main»

VERMEILLE

Toi, ma sœur?

Seroit-il le premier souverain Épris d’une simple bergere ?

Épouser ce qu’on aime, est-ce un effort si grand? L’amour ne connoît point de rang :

Le plus beau titre c’est de plaire.

VERMEILLE

Mais Colin...

blanche.

Je saurai le combler de bienfaits ; Malgré tous ses défauts, malgré sa jalousie ,

Je l’aime , et je ferai le bonheur de sa vie En le rendant riche à jamais.

VERMEILLE

Tu t’abuses, ma sœur; rien ne nous dédommage De la perte d’un cœur qu’on a cru posséder. Pardon, si j’ose te gronder;

Mais tu devrois faire un voyage Chez cette fée aimable et sage Qui prit soin de nous élever Bien mieux qu’il ne convient à de simples bergeres.

I Sa BLANCHE ET VERMEILLE.

Tu sais depuis long-temps que nous lui sommes chetët Allons la voir.

BLANCHE

Crois-tu qu’elle daigne approuver Que je quitte les champs pour aller à la ville ?...

Tu ne me réponds pas... Mais toi-même, à la fin, Donne-moi ton avis.

Vermeille.

Il seroit inutile;

ïe pense là-dessus comme feroit Colin.

BLANCHE

Le voici : je crains sa colere ,

Laisse-moi l’éviter.

VERMEILLE

Non , ma sœur , au contraire.

Il faut parler. Je vous laisse tous deux :

Blanche , quand on devient volage , îl faut au moins conserverie courage D’en avertir l’objet que l’on rend malheureux,

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