BLANCHE, COLIN
BLANCHE
C’ est vous , Colin ! vous venez de bonne heure.
COLIN
Je serois arrivé déjà depuis long-temps.
Si les chemins de ma demeure N’étoient embarrassés des chevaux et des gens Du prince qui vient à la chasse,
blanche, vivement.
Il y revient encore ?
COLIN
Il y vient chaque jour.
Chaque forêt pourtant devroit avoir son tour ;
Mais c’est toujours le nôtre. On ne voit plus de place Où le gazon puisse fleurir;
Ils ont tout abîmé : le tumulte effroyable Et des chiens et des cors qu’on entend retentir, Forcent les troupeaux de s’enfuir ;
C’est un tapage épouvantable.
i?2 BLANCHE ET VERMEILLE.
En vérité, le prince est fort aimable,
Mais il fait bien du bruit quand il a du plaisir. BLANCHE.
De quel côté la chasse viendra-t-elle ?
COLIN
Ne voulez-vous pas y courir ?
Vous n’en manquez pas une ;et vous savez, cruelle, Combien vous me faites souiïfir:
Vous oubliez...
BLANCHE
Vous oubliez vous-même Qu’hier encore à mes genoux Vous m’avez fait serment de n’être plus jaloux.
COLIN
Oh ! je ne le suis plus : mais ma prudence extrême Voudroit que vous fussiez toujours seule avec moi. Si Ton vous voit , il faudra qu’on vous aime \
Et vous trahirez votre foi ,
J’en suis sûr...
Mais , Colin, vous mêlez un outrage A des discours qui séduiroient mon cœur.
Je vous le dis avec douceur :
Cet esprit inquiet , soupçonneux et sauvage ,