SCENE XII. io
Eh bien!.., (h part.) Non, je serai fidèle à ma bienfaitrice, (haut. ) Je vous demande, je vous supplie de suspendre votre colere; je me justifierai, soyezen sûr, et vous serez alors...
ARLEQUIN, avec colere.
Comment VOUS seroit -il possible de vous justifier? Vous sortez sans vouloir me dire où vous allez ; un domestique apporte cette lettre ; il me recommande de vous la donner en secret :
vous venez de l’entendre cette Lttre, elle est claire; il n’y a pas une seulephrase, pas un seul mot qui ne dise intelligiblement que vous êtes une infidèle. Elle est bien pour vous cette lettre ; voilà votre nom, le voilà ; je le vois, je le lis; je n’ai pas le bonheur d’être aveugle. M, Lélio vous y donne un rendez-vous, où vous avez couru , lîiême avant de le recevoir; car vous
io6 LE BON MÉNAGE, venez de chez M. Lélio , j’en suis sûr, je le sais , je l’ai vu , je vous ai suivie. Osez m’assurer que vous ne venez pas de chez M. Lélio.
ARGENTINE
Je ne veux pas vous mentir; il est vrai, je viens de parler à M. Lélio, mais...
ARLEQUIN, au désespoir.
Et pourquoi me le dire? Je n’en étois pas sûr.
ARGENTINE
Ecoutez- moi.
ARLEQUIN, furieux.
Je neveux rien entendre; je veux
m’en aller ; je veux vous quitter .
Mon parti est pris ; ma colere est passée, je n’en ai plus de colere, parceque je n’ai plus d’amour ; je suis de sang froid... Mais, comme je me sens le plus fort désir de meurtrir ce visage-là qui est la cause de tous mes chagrins,