‹ Theatre italien de M. de FlorianChapitre 80 sur 113 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

De quitter votre maison?

ARLEQUIN

Oui , mon cher ami.

Ai -je eu le malheur de vous déplaire?

ARLEQUIN

Au contraire , je t’ai voué la plus tendre amitié ; je ne sais même comment je ferai pour me passer de ta société: ton esprit, ton travail me sont agréables et nécessaires ; je t’estime, je t’aime , je sens mieux que personne tout ce que tu vaux; mais, quoi qu’il puisse m’en coûter, il faut, mon cher ami, que tu t’en ailles.

Ai-je offensé quelqu’un dans votre maison ? vous a-t-on fait quelque plainte?

i88 LE BON PERE,

ARLEQUIN

Pour cela, il s’en faut bien ; tu es doux, serviable, toujours prêt à oblb ger; tu n’as de querelle avec personne que pour leur éviter de la peine ; aussi tout le monde s’intéresse à toi , tout le monde t’estime et te chérit : hélas !

c’est à cause de cela qu’il faut que tu t’en ailles.

Permettez-moi de vous représenter, monsieur, que tout ce que vous me dites a l’air de la plus cruelle ironie. Vous êtes le maître de me faire quitter votre maison ; mais pourquoi m’insulter en me rendant malheureux ?

Mon respect, ma tendresse pour vous ne méritoient pas ce traitement, et je ne devois pas m’attendre...

ARLEQUIN

Moi , t’insulter ! mon cher ami , comment peux-tu l’irnaginer? Je te ré-

SCENE XIV. 189 pete que je t’estime comme moi-même , que je donnerois la moitié de mon bien pour passer ma vie avec toi , que tu m’as inspiré,dès le premier jour où je t’ai vu, une amitié, un attachement qui m’arrachent des larmes dans ce moment- ci, pareequ’ enfin il faut

que tu t’en ailles, vois-tu il le faut

absolument. J’en pleure, mais il le faut : laisse -moi t’embrasser pour la derniere fois. ( Il l’embrasse en sanglottant. ) Adieu, mon ami, mon bon ami, je te regretterai toute ma vie; mais va-t’en le plutôt que tu pourras. Adieu, adieu: compte sur moi pour toujours; mais que je ne te revoie plus.

(Il soit en pleurant.,)

î^o LE BON PERE.

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