SCÈNE I
L E U C I P P E , «ur un rocher.
Astres , soyez témoins de ces injustes fers.
J atteste ici tout l'univers,
Kt les vents empoi tent ma plainte.
Jupiter , je t"implore ; ou veut forcer les cœurs :
Il n'est plus de libres ardeurs ,
Ni d autres lois que la contrainte.
Loges-tu dans le ciel , ou dans les antres sourds ? Écoutez-moi , déserts : on m'ôte mes amours ;
Est-il douleur pareille ?
Qui me consolera sur ce rocher fatal ? Leucippe est un spectacle à son cruel rivcJ. Déserts , écoutez-moi ; les dietix ferment l'oreille.
(Daphné entend cette plainte à l'un des coins du théâtre. }
■aao D A P H N É.
S CÈÎS E I I.
DAPHNÉ, LEUCIPPE
DAPHXÉ.
Qui vous consolera? ne le savez-vous pas?
LEUCIPPE
Quoi, je vous vois! c'est vous! cest ma prlncessel Hélas ! J'avois perdu l'espoir d'une faveur si douce. Craignez- vous d'approcher?
Je sens qu'on me repousse :
Quelque charme arrête mes pas.
Mais , si c'est adoucir vos peines Qu'y prendre part , souffrir ces gênes , Gémir avec vous sous ces cliaînes, \ovis aimer malgré tout , malgré cieux , malgré sort , Votre princesse en est capable.
LEUCIPPE
Apollon , Apollon , tu fais un vain effort ! Je ne suis plus le misérable.
DAPHNÉ
Helas! j'irrite un dieu jaloux et redoutable.
A qui dois-je adresser ma voix?
Je n'ose t invoquer , déesse de nos bois. Dans ta cour, dans ton cœur autiefois j'avois place; L'amour m'en a bannie ; écoute toutefois.
Je ne demande point pour grâce Que tu souflVes mes feux, et qu'un hymen charmant Engage à d'autres dieux celle qui t'a servie j Délivre seulement Mon amant,
Et prends le reste de ma vie.