‹ ThéâtreChapitre 113 sur 220 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

L E U C I P P E , «ur un rocher.

Astres , soyez témoins de ces injustes fers.

J atteste ici tout l'univers,

Kt les vents empoi tent ma plainte.

Jupiter , je t"implore ; ou veut forcer les cœurs :

Il n'est plus de libres ardeurs ,

Ni d autres lois que la contrainte.

Loges-tu dans le ciel , ou dans les antres sourds ? Écoutez-moi , déserts : on m'ôte mes amours ;

Est-il douleur pareille ?

Qui me consolera sur ce rocher fatal ? Leucippe est un spectacle à son cruel rivcJ. Déserts , écoutez-moi ; les dietix ferment l'oreille.

(Daphné entend cette plainte à l'un des coins du théâtre. }

■aao D A P H N É.

S CÈÎS E I I.

DAPHNÉ, LEUCIPPE

DAPHXÉ.

Qui vous consolera? ne le savez-vous pas?

LEUCIPPE

Quoi, je vous vois! c'est vous! cest ma prlncessel Hélas ! J'avois perdu l'espoir d'une faveur si douce. Craignez- vous d'approcher?

Je sens qu'on me repousse :

Quelque charme arrête mes pas.

Mais , si c'est adoucir vos peines Qu'y prendre part , souffrir ces gênes , Gémir avec vous sous ces cliaînes, \ovis aimer malgré tout , malgré cieux , malgré sort , Votre princesse en est capable.

LEUCIPPE

Apollon , Apollon , tu fais un vain effort ! Je ne suis plus le misérable.

DAPHNÉ

Helas! j'irrite un dieu jaloux et redoutable.

A qui dois-je adresser ma voix?

Je n'ose t invoquer , déesse de nos bois. Dans ta cour, dans ton cœur autiefois j'avois place; L'amour m'en a bannie ; écoute toutefois.

Je ne demande point pour grâce Que tu souflVes mes feux, et qu'un hymen charmant Engage à d'autres dieux celle qui t'a servie j Délivre seulement Mon amant,

Et prends le reste de ma vie.

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