‹ ThéâtreChapitre 207 sur 220 · ACTE 1, SCÈX E V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈX E V

De nymphes entouré vous perdiez vos beaux jours. Thétis d'un vain danger laissoit passer le cours. Je vous vis; j'approchai sous un Laoit de femme : De l'amour des hauts faits je vous entlauiinai lame. On vous y vit courir : ce fut par mon moyeu. Je ne viens point ici vous ^ep^^5che^ ce bien : Je ne viens que vous rendre , avec dons , la princesse , Au nom du fier Atride et de toute la Grèce. Ke laisserez-vous point fléchir votre couiroux ? Faut-il que nos transports durent autant que nous ? Jusqu'au départ , du moins , suspendez vos querelles. Songez que d actions mémorables et belles Vous perdez ; car chez vous vaincre et combattre est un. Vous n'êtes pas de ceux qui n ont qu'im sort commun : Contents pour le remplir dune seide victoire. Par le devoir, sans plus, ils marchent à la gloire. Le monde attend de vous de plus puissants eflorts. Si vous ne voulez pas séjourner chez les morts , Par de nouveaux dangers distinguez-vous des hommes. Hector en a semé la carrière où nous sommes. Nous ne les cherthons plus : ils nous viennent trouver. Ilion , qui bornoit ses vœux à se sauver, S'est rendu l'atta^piant : cette superbe ville Prétend brûler nos nefs en prt'sence d'.\chille. Vous verrez vos amis sur la terre étendus , Les dieux troyens vainqueurs, les dieux grecs confondus, Cette Troie à son tour plaignant notre misère. Voilà , voilà , seigneur, des sujets de colère.

ACHILLE

Vous n'êtes pas réduits encore à cet élat

Ti L T s s E.

Et le faut-il attendre ? Est-il de potentat.

372 ACHILLE

De simple Grec, qui pût se plaire en sa patrie,

Voyaiit de notre nom la gloire ainsi flétrie ?

ACHILLE

Si l'intérêt des Grecs est d employer mon bras , Pourquoi d' Agamemnon ne se plaignent-ils pas ? Quand ce chef a pavé de mépris leurs services , î«'ai-je pas condamné tout haut ses injustices ? Princes , je ne sais point trahir mes sentiments : Rappelez dans vos cœurs ses mauvais traitements, Vous verrez que chacun a sujet de se plaindre. Endurez, j'y consens ; rien ne doit vous contraindre : Je vous laisse venger le foible ISIénélas. En servant toutefois ces deux frères ingrats , Est-il , princes , est-il de Grec qui se diit taire ? J'ai fait éclat pour tous ; je veux encor le faire.

ULYSSE

Ah 1 ne rappelez point les déplaisirs passés. Je veux qu' Agamemnon nous ait tous offensés ; il faut n y plus songer, et que notre mémoire Se charge du seul soin d'acquérir de la gloire.

ACHILLE

Elst-ce en le redoutant qu on espère en trouver ? La gloire est pour lui seul , il sait nous l'enle'ï er.

Évitons donc au moins la honte et l'infamie ; Empêchons , s'il se peut , que la Grèce ne die : <( Je suis mère féconde eu enfants malheureux ; (( J'ai formé des héros, Troie a triomphé d'eux. « Réduite à les re^ oir sans lauriers eu leurs villes , « Je ne souffrirai plus qu'ils quittent ces asyles; « Qu'ils laissent leurs foyers , et cherchent aux combats « Ud renom que les dieux ne leur accordent pas. »

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