P ARME N ON
Il sait aussi le vôtre ; Et comme on peut tomter d'un discours en un autre, M'avaut de vos amours long-temps entretenu , A des propos d'hymen il est enfin venu : Qu'il se voyoit déjà presque un pied dans la tombe ; Qu'au faix de tant de biens chargé d'ans il succombe ; Que pour courir à tout n'étant plus assez vert, Il se veut désormais tenir clos et couvert , Caresser , les pieds chauds, quelque bru qui lui plaise, Conter son jeune temps , banqueter à son aise : C est là , ce m'a-t-il dit, le seul but où je tends. Sils veulent voir mes jours plus longs et plus contents, 11 faut qu'un prompt hymen me délivre de crainte : >''iii que je leur impose une aveugle contrainte ; Puur plus tôt les réduire à suivre mon désir, Je leur laisse à tous deux le pouvoir de choisir, (Citoyenne j'entends) du reste il ne m'importe: Ennuyé des chagrins que 1 âge nous apporte. Je ne demande plus qu'un entretien flatteur Qui dessus mes vieux jours me mette en belle tumeur : Que l'un ou l'autre enfin choisisse ime maîtresse. L'.imoiu' de ces objets qu'on suit dans la jeunesse, Ne produit rien d'égal aux plaisirs infinis Que cause un sacré nœud dont deux cœurs sont unis. Tu sais que les douceurs jamais ne s'en corrompent ; Au lieu que ces amours , dont les charmes nous trompent . Jamais à bonne fin ne peuvent aboutir : On verra mon aîné trop tard s'en repentir : J'en ai su le retour aussitôt que l'absence ; Ce changement soudain , cette molle impuissance. M'empêchent d'espérer qu'il s'accorde à mes vœux;
La Fontaine. Théâtre. 8
Mais , le cadet encor n'étant pas amoureux ,
C'est là qu'il faut tourner l'effort de la machine ;
Et de peur que Thaïs , ou quelqu'autre voisine ,
Par son civil accueil ne l'aille retenir,
Sans perdre un seul moment il le faut prévenir.
S'd se pouvoit, ô dieux ! que j'aurois d'allégresse !
Tu sais qu'il a long-temps voyagé par la Grèce :
A peine en revient-il , et depuis son retovu:
Je ne vois point qu'encore il ait conçu d'amour.
Ses plaisirs ont été les chevaux et la chasse :
Avant qu'une maîtresse en son cœur ait pris place,
Peut-être son devoir aiUeiu"s l'aura porté.
A ces mots le vieillard , en pleurant , m'a quitté.
C'est un père après tout, il faut qu'on lui complaise.
PH ÉDRIE.
Vraiment vous en parlez tous deux bien à votre aise : Si l'amour en vos cœurs régnoit pour un moment , Je vous verrois bientôt d'un autre sentiment.
Contre moi sans raison vous entrez en colère : D'interprète, sans plus, je sers à votre père ; Quoique vous m'entendiez parler en précepteur, De tout ce long discours je ne suis point l'auteur ; Vous voyez que ceci tient beaucoup de son style.
p H É dhi E.
Tu ne l'es pas non plus de la foiurbe subtile Dont mon frère, en eunuque aujourd'hui déguise', A chacun du logis par sa feinte abusé ? Qui t'a rendu muet ? cherches-tu quelque excuse ?
C'est h moi qu'il vous faut imputer cette ruse ;
ACTEV,SC£5EHI. 87
Assez pour m'en distraire il s'est incpiiété. Enfin n'en parlons plus , c'est un point arrêté : Gardez votre Thaïs, laissez-moi ma Pampliile ; Et pendant que mon père est d'humeur si facile , Allons lui proposer le choix que j'en ai fait.
Croyez-vous que d'abord il en soit satisfait? K'étant que ce qu'elle est, j en aurois quelque crainte,
Quoi ! tu ne sais donc pas le succès de ma feinte ?
PARMEN05.
Non, car toujours depuis j'ai demeuré chez nous.
CHÉnÉE.
Pamphile est citoyenne.
p ARMENON.
O dieux I que dites-vous ?
Pamphile est citoyenne !
CHÉnÉE.
Et Chrêmes est son frère.
Te conter en détail comment U sest pu faire, Demanderoit peut-être un peu plus de loisir: C'est assez que la chose, au gré de mon désir, S'est naguère entre nous pleinement avérée. Outre que de sa sœur la foi m'est assurée , Chrêmes ne me tient pas un homme à dédaigner ; Il uc nous reste plus que mon père à gagner.
p ARMENOS.
Je vous le veux livrer au plus tard dans une heure. Du vieillard au procès savez- vous la demeure ? C'est là qu'il nous attend.
P HÉDIIIE.
Que mon frère est liéiircux De se voir possesseur aussitôt qu'amoureux! Chacun s'oppose au bien que mérite ma peine. Thaïs n'a plus en moi qu'uue espe'rance vainc : Ne pouvant de discoiurs pkis long-temps l'amuser, J'ai promis de mourir , ou bien de l'épouser. Mourons , puisque l'on n'ose en parler h mon père J Ce n'est que pour moi seul qu'il se montre se'vère. Adieu, je vais mourir.
P ARM EKON.
Attendez un rnoment :, J'ai par son ordre seul harangue vainement , Et par son ordre enfin je vous rends l'espérance. Vous feriez beaucoup m.ieux d'user de de'ference ; Mais , puisque tant d'amour loge dans votre sein , Que cet amour d'aiUems s'obstine en son dessein , Vous irez jusqu'au bout, j'ose vous le promettre. Obtenez de Clirémès qu'il se veuille entremettre. Et , parlant pour tous deux , vous sauve un compliment Qui vous feroit rougir dans son conmiencement.
Je me tiens tout prié.
CHÊRÉE.
Nous vous en rendons grâce.
PH É nn lE.
Ali ! mon cher Parmcnon , viens-çà que je t'embrasse.
Il n'est pas encor temps.
ACTEV, SCÈNE IV. 89