‹ ThéâtreChapitre 158 sur 213 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Qui du roy nostre père attira tous les vœux,* Dont Pharnace après luy se déclare amoureux...

Arbate.

Hé bien, Seigneur?

XlPHARés.

Je Taime, et ne veux plus m'en taire.

Puis qu'enfin pour rival je n*ay plus que mon frère. Tu ne t'attendois pas sans doute à ce discours. Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est long-temps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence. Et mes premiers soupirs et mes derniers ennuis I Mais, en Testât funeste où nous somihes réduits. Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeller le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc , pour me justifier, Que je vis, que j'aimay la reine le premier; Que mon père ignoroit jusqu'au, nom de Monime, Quand je conçus pour elle un amour légitime.

Il la vit. Mais, au lieu d'offrir à ses beautez Un hymen et des vœux dignes d'estre écoutez, Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire. Elle luy céderoit une indigne victoire.

Tu sçais par quels efforts il tenta sa vertu. Et que, lassé d'avoir vainement combattu.

Absent, mais toujours plein de son amour extrême. Il luy fit par tes mains porter son diadème.

Juge de mes douleurs, quand des bruits trop certains M'annoncèrent du roy l'amour et les desseins. Quand je sçûs qu'à son lit Monime réservée Avoit pris avec toy le chemin de Nymphée.

Helas ! ce fut encor dans ce temps odieux

Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux ;

Ou pour vanger sa foy par cet hymen trompée,

Ou ménageant pour moy la faveur de Pompée,

Elle trahit mon père, et rendit aux Romains

La place et les trésors confiez en ses mains.

Quel devins-je au récit du crime de ma mère I

Je ne regardai plus mon rival dans mon père.

J'oubliay mon amour par le sien traversé.

Je n'eus devant les yeux que mon père offensé.

J'attaquay les Romains, et ma mère éperdue

Me vit, en reprenant cette place rendue^

A mille coups mortels contre-eux me dévouer,

Et chercher en mourant à la desavouer.

L'Euxin depuis ce temps fut libre, et l'est encore ;

Et, des rives de Pont aux rives du Bosphore,

Tout reconnut mon père, et ses heureux vaisseaux

N'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux.

Je voulois faire plus. Je pretendois, Arbate,

Moy-méme à son secours m' avancer vers l'Euphrate.

Je fus soudain frappé du bruit de son trépas.

Au milieu de mes pleurs, je ne le celé pas,

Monime, qu'en tes mains mon père avoit laissée «

Avec tous ses attraits revint en ma pensée.

Que dis-je? En ce malheur je tremblay pour ses jours.

Je redoutay du roy les cruelles amours.

Tu sçais combien de fois ses jalouses tendresses

Ont pris soin d'assurer la mort de ses maistresses.

Je volay vers Nymphée ; et mes tristes regards

Rencontrèrent Pharnace au pié de ses remparts.

J'en conçus, je l'avoue, un présage funeste.

Tu nous reçus tous deux, et tu sçais tout le reste.

Pharnace, en ses desseins toujours impétueux.

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