ACTE ï, SCENE I
Ne dissimula point ses vœux présomptueux :
De mon père à la reine il conta la disgrâce, L'assura de sa mort, et s'offrit en sa place. Comme il le dit, Arbate, il veut l'exécuter.
Mais enfin à mon tour je prétens éclater.
Autant que mon amour respecta la puissance D'un père à qui je fus dévoué dés l'enfance, Autant ce même amour, maintenant révolté, De ce nouveau rival brave l'autorité.
Ou Monime, à ma flâme elle-même contraire, Condamnera l'aveu que je pretens luy faire, Ou bien, quelques malheurs qu'il en puisse avenir, Ce n'est que par ma mort qu'on la peut obtenir.
Voilà tous les secrets que je voulois t'apprendre. C'est à toy de choisir quel parti tu dois prendre; Qui des deux te paroît plus digne de ta foy.
L'esclave des Romains, ou le fils de ton roy ; Fier de leur amitié, Pharnace croit peut-estre Commander dans Nymphée et me parler en maistre. Mais icy mon pouvoir ne connoist point le sien. Le Pont est son partage, et Colchos est le mien; Et l'on sçait que toujours la Colchide et ses princes Ont conté ce Bosphore au rang de leurs provinces.
Arbate. Commandez-moy, Seigneur. Si j'ay quelque pouvoir, Mon choix est déjà fait, je feray mon devoir. Avec le même zèle, avec la même audace Que je servois le père et gardois cette place, Et contre vostre frère, et même contre vous.
Après la mort du roy, je vous sers contre tous. Sans vous ne sçay-je pas que ma mort assurée De Pharnace en ces lieux alloit suivre l'entrée ?
Sçay-je pas que mon sang , par ses mains répandu , Eust souillé ce rempart contre luy défendu ?
Assurez-vous du cœur et du choix de la reine. Du reste, ou mon crédit n'est plus qu'une ombre vaine. Ou Pharnace, laissant le Bosphore en vos mains^ Ira jouir ailleurs des boutez des Romains.
Xiphârés.
Que ne devray-je point à cette ardeur extrême ? Mais on vient. Cours, ami, c'est Monime elle-même.