‹ ThéâtreChapitre 37 sur 213 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Malheureux ! Mais toujours la patrie et la gloire Ont parmi les Romains remporté la victoire.

Je sçay qu'en vous quittant le malheureux Titus Passe l'austérité de toutes leurs vertus, Qu'elle n'approche point de cet effort insigne ; Mais, Madame, après tout, me croyez-vous indigne De laisser un exemple à la postérité Qui sans de grands efforts ne puisse estre imité?

Bérénice.

Non, je croi tout facile à vostre barbarie; Je vous croi digne, ingrat, de m'arracher la vie : De tous vos sentimens mon cœur est éclairci.

Je ne vous parle plus de me laisser ici.

Qui, moy? j'aurois voulu, honteuse et méprisée. D'un peuple qui me hait soutenir la risée?

J'ay voulu vous pousser jusques à ce refus :

C'en est fait, et bientost vous ne me craindrez plus. N'attendez pas icy que j'éclate en injures.

Que j'atteste le Ciel ennemi des parjures.

Non, si le Ciel encore est touché de mes pleurs, Je le prie en mourant d'oublier mes douleurs. Si je forme des vœux contre vostre injustice; Si, devant que mourir, la triste Bérénice Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur, Je ne le cherche, ingrat, qu'au fond de vostre cœur. Je sçay que tant d'amour n'en peut estre effacée, Que ma douleur présente et ma bonté passée, Mon sang, qu'en ce palais je veux même verser, Sont autant d'ennemis que je vais vous laisser; Et, sans me repentir de ma persévérance.

Je me remets sur eux de toute ma vengeance.

Adieu.

6o BERENICE

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