‹ ThéâtreChapitre 109 sur 238 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

après-domaiii la roiir el la ville en sont inomli'es; j'ai des appuis coiisi<l(Tablt'S ici, du Icmps et de l'-irgeiit. tout s ra eniplovc' à vous poursuivre de toule manirre el saus relàrlie, jusipi'à ce (pie, le roseiitiuieul de uia sœur apai>é, elle m'arrête et me dise : Holà ! »

CLAVIJO

Je ne ferai p;>iiit une telle déclaration.

BFAUilAllCIlAIS.

(( Je le crois, car peut-être à votre place ne la ferais-je pas non plus; mais voici le revers de la médaille : écrivez on n'écrivez pas, dès ce moment je reste avec vous, je ne \ou§ quitte pins, je vais partout où vous irez, jusqu'à ce que, vai» patienté d'un pareil voisinage, vous veniez vous délivier de moi derrière Buen-Retiro. Si je suis plus heureux que vous, monsieur, sins voir mon ambassadeur, sans parler à personne ici, je prends ma sœur mourante entre mes bras, je la mets dans ma voiture, et je m'en retourne en France avec elle. Si, au contraire, le sort vous favorise, tout est dit pour moi : permis à vous alors de rire à nos dépens. Faites monter le déjeunei »

Beaumarchais SC-^Q»^ ^n domestique apporte le chocolat. Beaumarchais prend sa tasse el se promène dans la galerie voisine en examinant les tableaux.

CLAVIJO

De l'air ! de l'air ! On t'a surpris, joué comme un enfant! — Où es-tu, Clavijo? Comment sortir de la terrible situation où t'a précipité ta folie, ta perfidie ! (il saisit son épée qui e?t sur

,a table.) AlloUS, le SOrt en est jeté ! (U la laisse retomber.) —

Mais quoi ! ne te reste-t-il donc plus d'autre remède, d'autre moyen que la mort on qu'un meurtre, un meurtre abominable? Ravir à cette fille infortunée sa dernière consolation, son seul appui, son frère !... Répandre le sang d'un homme brave et généreux, et te charger de toute la maié iction d'une famille désespérée! Oh! ce n'était pas là les plans que tu avais formés lorsque, dès la première heure oii tu la ccimus, cetleadorable créature s'enipari de ton cœur! Quant tu la menais à sa perte, ne prévoyais-tn pns les suites terribles de !on infamie! Quelle félicité m'attendait dans ses bras et dans l'af-

iCb CLAYiJO.

reclioM d'un kl frère! Marie! Marie! ah! si lu pouvais encore me par.ioluier, je pourrais à les pieds laver mon crinie dans mes larmes! th! pourquoi ne me paidountrait-elle pas? Je S'Bu^ mou cœur se gonfler; mon âme s'élève à l'espérance. Monsieur !

BEAUMARCHAIS

« Qu'avez-vous décidé?

CLAVIJO

luoutez-moi Iiien au monde ne peut excuser ma conduite envers mademoiselle votre sœur. L'ambition m'a perdu; mais si j'eu>se prévu rpie dofia Maria eût un frère comme vous, loin de la rrgaider comme une étrangère isolée, j'aurais conclu que les plus grands avantages devaient suivre notie union. Vous vmez de me pénétrer delà plus haute estime, et je me mets à vos pieds pour vous supj>lier de travailler à réparer, s'il est possible, tous les maux que j'ai faits à voire sœur. Rendez-la-moi, monsieur, et je me croirai trop heureux de tenir de vous ma femme et le pardon de tous mes crimes.

BEAUMARCHAIS

Il n'fst plus temps; ma sœur ne vous aime plus, et je vou< déteste! Faites seulement la déclaration, c'est tout ce que j'e.vigede vous, et trouvez bon après qu'en ennemi déclaré je venge ma sœur au gré de son ressentiment. »

CLAVIJO

Votre opiniâtreté n'est ni juste ni sage. Je conviens avec vous qu'il n'est pas en mon pouvoir de réparer d'aussi grands torts. Les réparer! ah ! le cœur de votre eslimable >œur peut m'en doimer U moyen, ].^ur peu qu'elle daigne recevoir à ses pieds un malheureux indigne de voir le jour! Votre devoir, monsieur, e>t de m'accorder cette épreuve, et t\e vous y soumeitre, si vous ne voulez pas que la démarche que vous allez faire re-sciuMe à Temportement inconsidéré d'un jeune homme. Si dofii Maria est inflexible... oh! je revois sou cœur, sa bouté, son âme diviue!... oui, si elle est inflexible, alors, nlon^ieiU', il sera temps...

Page 1